mardi 29 août 2017

Coin lecture pour découvrir mon roman par 2


Voici un autre extrait de mon roman pour les lecteurs qui ne connaissent pas encore l'univers de Catherine et des Abellard:



II

La décision

          Catherine se dépêchait de se mettre au travail mais en pensant à la pile de dossiers qui l’attendait, elle était découragée. Elle ne pouvait pas s’empêcher de repenser une fois encore au bateau-cargo qui était sensé leur livrer des provisions évaluées à des milliers de dollars américains depuis cinq semaines selon ce qui était prévu.  Ce bateau en provenance de Taïwan était l’une des rares gracieusetés qu’elle recevait du gouvernement haïtien mais sans aucun motif préalable, il n’arrivait pas à destination. À plusieurs reprises, elle avait contacté leur attaché d’ambassade à Port-au-Prince mais il était aussi surpris qu’elle de cet incident. Alors elle avait pensé à la théorie des pirates qui auraient pu détourner le bateau mais personne n’était en mesure de l’éclairer sur ce côté-là. L’attaché de l’ambassade lui avait conseillé d’attendre et lui avait remis sa carte personnelle pour le contacter et le tenir au courant d’éventuel changement de dernière minute. À La Main Tendue les garde-mangers se vidaient et de leur côté, les cuisinières se plaignaient de ne plus être utiles pour la maison. De temps à autre, Catherine passait des commandes à certains grands commerçants qui les aident à tenir le coup mais c’était loin d’être suffisant. Catherine ne pouvait plus supporter les regards empreints de tristesse que lui lançaient ses protégés : autrefois, elle arrivait à rester stoïque; pourtant ces jours-ci c’était au-dessus de ses forces. C’était pour ces raisons qu’elle s’était enfermée dans son bureau en début d’après-midi.  Elle déposa prestement le stylo avec lequel elle écrivait dès qu’elle remarqua le tremblement nerveux de sa main droite. Elle appuya la tête sur le bureau pour fermer les yeux : une migraine lancinante lui martelait les tempes. Une personne cogna à sa porte : elle ne brocha pas. Elle ne voulait parler à quiconque surtout pas à Roberta. Ces semaines-ci, sa directrice générale avait eu le don de lui faire perdre son sang-froid. Une demi-heure plus tard, elle se résigna à sortir de son refuge. Dans le couloir, elle repéra tout de suite un petit garçon d’environ sept ans vêtu de haillons, le dos collé au mur entrain de pleurer. Il n’avait pas remarqué sa présence. La jeune femme fût tentée de battre en retraite mais sa raison la reprit. C’était son travail; elle n’avait aucunement le droit de laisser souffrir un enfant vulnérable. Le bruit de ses talons sur le carrelage le fit sursauter. Il essaya de s’enfuir. D’une voix doucereuse, elle le rappela. Tremblant de peur, il revint tout de même sur ses pas. Elle lui demanda son nom mais il ne répondit pas. Donc elle reformula la question en créole. Il se nommait Frayius. Son front étroit était couvert de sueur, ses lèvres épaisses étaient pincées pour étouffer ses sanglots. Elle s’agenouilla pour se mettre à sa hauteur. Ses petits yeux la détaillèrent curieusement.
-Tu as faim, petit? Lui demanda-t-elle dans la même langue.
        Il lui répondit avec un vigoureux signe de tête. Elle se redressa, lui présenta la main. La regardant d’abord avec effroi, il glissa la main dans la sienne pour la suivre. Catherine l’emmena directement dans la grande cuisine soigneusement entretenue et aménagée. Étant que les cuisinières prenaient leur pause à cette heure-ci, la pièce était donc déserte. Avec le peu d’ingrédients qu’elle trouva, elle lui prépara un sandwich froid et lui servit un verre de jus de fruits frais. Il fixa la nourriture posée devant lui  avec un regard incrédule puis tâta le pain pour vérifier qu’il était bien réel. Catherine, installée près de lui à la grande table de la cuisine, l’encouragea à manger. En moins de deux minutes, il avait tout dévoré. Il murmura un merci du bout des lèvres presque craintif. Malgré elle, des larmes s’écoulèrent sur son visage. Le garçon ouvrit de grands yeux surpris. Au même moment, Gina Berthol, la secrétaire de Roberta fit irruption dans la pièce. Catherine eut le temps d’essuyer ses larmes.
-Le bateau en provenance de Taïwan est arrivé hier soir. Les colis du container sont entrain d’être déchargés dans la cour. Les principaux responsables sont là, ils attendent d’être reçus. Roberta est absente cet après-midi, j’ai préféré vous prévenir.
-Installez-les dans la salle de réunion et offrez-leur des rafraichissements, ordonna-t-elle en reprenant sa voix normale. Occupez-vous ensuite de cet enfant, il a besoin de nous.
-Oui madame. Viens avec moi, dit-elle à l’adresse du petit garçon. Il hésita comme la première fois pour finalement se laisser convaincre par le sourire franc de la femme.
    Une fois dans le cabinet de toilette adjacente à son bureau, Catherine se leva le visage, retoucha son maquillage et sa coiffure. Elle avala ensuite deux comprimés de Tylenol extrafort avec un verre d’eau glacée. Elle se sentit à nouveau d’attaque. Elle retrouva le représentant de l’attaché de l’ambassade taïwanais. Il était accompagné de deux autres hommes de nationalité haïtienne. A son entrée, ils se mirent debout et serrèrent chaleureusement sa main à tour de rôle.
-Nous sommes absolument navrés pour ce long retard, dit-il dans un français impeccable. Nous n’avons pas reçu à temps  le laissez-passer que vous étiez supposé nous envoyer pour avoir accès au port.
-Quoi? S’étonna Catherine poliment. Mais je l’ai envoyé depuis plusieurs semaines. Il doit y avoir une erreur.
-C’est très fâcheux en effet, concéda-t-il.
-La situation est embarrassante mais je vous promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela ne se reproduise plus. Et si nous allons faire l’inventaire de la livraison?
-Excellente idée, approuva-t-il.
       A l’entrée du garde-manger qui donnait sur la cour, des enfants s’étaient attroupés autour des colis déposés sur le sol. A l’approche de la délégation officielle, ils se dispersèrent en retournant à leurs jeux. La jeune femme signa les divers bons de commande, bavarda un moment avec la délégation. Après leur départ, elle remonta directement à son bureau soulagé.
         Le lendemain matin, Roberta ne se montra pas d’humeur conciliante. Elle soutenait que les provisions devaient être pour la plupart périmées et pouvaient de ce fait, rendre les enfants malades. Catherine n’avait pas réagi. Elle se contentait de la regarder gesticuler devant elle tel un automate sans prendre la peine de saisir le sens de ses paroles. Elle réalisa soudainement qu’elle ne voulait pas passer les dix prochaines années de sa vie à l’entendre jacasser. Elle ne savait pratiquement rien à propos de sa vie personnelle mais elle était prête à parier qu’elle n’était pas aussi vide que la sienne. A la fin de l’entretien, Catherine verrouilla sa porte puis se cala sur sa chaise afin de se détendre au son d’une musique apaisante. Le téléphone sonna deux fois. Au troisième coup, elle le prit avant que sa secrétaire Christelle Jean y réponde.
-La Main Tendue, bonjour. En quoi puis-je vous être utile?
-Je voudrais trouver un mari pour la PDG de cette maison. Serait-ce possible? Avança une voix railleuse.
-Daniel! s’exclama-t-elle sèchement en se maudissant  d’avoir répondu. Qu’est-ce que tu veux?
-Des excuses.
-Excuses? reprit-elle comme si ce mot lui était étranger.
-Oui, j’attends tes excuses.
-Et pourquoi s’il te plaît? demanda-t-elle en s’exhortant au calme.
-La dernière fois que l’on s’était vu, tu avais failli passer tes roues sur mes beaux souliers italiens.
-C’est vrai? fit-elle d’une voix mielleuse. S’ils sont élimés, je peux te les rembourser. Proche de la cathédrale, on trouve des marchands qui les vendent à des prix très abordables.
      Elle faisait référence aux friperies que l’on liquidait à des prix modiques au dit endroit.
-Merci quand même, dit-il d’un ton conciliant. En passant, nous n’avions pas terminé notre conversation.
-Dans mes souvenirs, tu l’avais ponctué d’un rire moqueur et d’une plaisanterie grotesque.
-Moqueur? Pauvre chérie, je pleurais sur ton sort. Je t’aime beaucoup tu sais; cela me peine de te voir finir tes jours ainsi.
-Ne t’en fais pas pour moi, riposta-t-elle en lorgnant avec envie le bouton qui, d’un clic, pouvait mettre fin à cette communication fâcheuse et futile.
-Tu n’as pas changé d’avis pour l’autre jour? Je suis toujours disponible tu sais…
-Daniel, l’interrompit-elle en prenant une voix affligée. Je ne suis pas prête de changer le lit de ma chambre, pas de chance. Et si tu n’as plus rien d’important à me dire, je vais mettre fin à cette conversation qui me fait perdre un temps précieux.
-Une dernière chose…
-Martine, commença-t-il sur un ton très sérieux.
-Elle t’a donné  un message pour moi? S’enquit-elle avec un ton soucieux.
-Oui, ouvre bien tes oreilles : elle te fait dire que… tu ferais mieux de renoncer à ton célibat avant que tu ne deviennes folle à lier.
      Avant de lui laisser le temps d’ajouter quoi que ce soit, elle raccrocha violemment le téléphone.

              Dix jours plus tard, Catherine se rendait chez ses parents. Elle ne trouva pas son père. Sa mère dormait. Déçue, elle se rendit dans sa chambre d’enfance qu’elle partageait  avec Vanessa. A son grand étonnement, elle trouva Henri allongé sur l’un des lits doubles, vêtu d’un short, les cheveux humides, ses vêtements négligemment jetés par terre. Bien que ses paupières fussent baissées, il ne dormait pas. Elle contourna le lit pour le rejoindre.
-Henri? Appela-t-elle.
    Il leva timidement les paupières,  découvrant des yeux rougis par les larmes. L’expression joyeuse de sa sœur disparut. Elle avait compris.
-Tu t’es encore disputé avec Martine, n’est-ce pas?
     La réponse tarda à venir.
-Viens, invita-t-il du bout des lèvres.
     Catherine alla se blottir dans ses bras.
-Tu te rappelles, reprit-elle pour essayer de le faire sourire, ce que maman disait en nous voyant ainsi?
      Il s’éclaircit la voix  avant d’imiter la voix choquée de sa mère.
-Vous allez finir  par vous pervertir tous les deux!
      Ils rirent tous les deux mais le rire d’Henri était teinté de tristesse.
-Elle en avait des répliques, maman.
-Beaucoup trop à mon goût. Tu peux me dire ce que Martine a encore fait?
-Elle est venue à mon bureau gifler ma secrétaire en criant que l’enfant qu’elle attendait était le mien. Tu imagines ma gêne et celle de la pauvre femme! Elle m’a remis sa démission dès le lendemain sur le conseil de son fiancé. Depuis lors, Martine est dans tous ses états. Elle s’est défoulée sur moi, elle a eu ses crises d’asthme tandis que Stéphanie a pleuré pendant des heures. Je suis ici depuis neuf jours. Je n’accepte que les appels de ma fille. Si Martine continue ici, elle risque de ne plus me revoir.
-Tu crois que c’est la meilleure solution?
-Et tu crois que je ne m’en suis pas rendue compte des conséquences fâcheuses que tout ceci peut avoir sur ma fille? Tu n’es pas la mieux placée pour me dire quoi que ce soit il me semble! S’emporta-t-il. Une bonne sœur s’habille mieux que toi, tu connais très peu d’hommes, tu n’as aucune idée d’une vie familiale dans un foyer et tu te permets de me donner des conseils, toi?
     Il s’exprimait avec une ironie mordante. Elle quitta l’étreinte de son frère, encore soudoyée par son attaque. C’était pour la toute première fois qu’il s’en prenait aussi férocement à elle si bien qu’elle se demanda dans un premier temps si elle l’avait bien compris. C’en était trop : elle laissa ses larmes coulés librement sur ses joues, exprimant ainsi toute sa frustration à l’égard de sa famille et de son travail. Il pâlit à la vue de ses larmes. Il voulut la toucher mais elle l’arrêta d’un geste :
-Pardonne-moi de t’avoir dérangé, balbutia-t-elle en sortant rapidement de la pièce sans regarder derrière elle, le laissant à sa confusion.
     Catherine alla se réfugier au salon qui heureusement était vide. Elle pleura silencieusement les yeux fermés. Elle se rappelait quand elle était enfant, il y avait toujours eu une personne pour la consoler.  Elle glissa sa main dans sa poche et en sortit son badge à l’effigie de La Main Tendue. C’était sa vie, c’était son bébé. Elle avait rendu des gens heureux, leur avait rendu le goût de vivre. En retour, elle restait avec les remerciements et les gratitudes… et après? Oui, et après? Rien. Sa vie était vide. A trente-trois ans, elle sentait déjà le poids des ans. Elle voulait que ça change, elle voulait réaliser un projet, un projet qu’elle avait relégué au loin dans son cerveau depuis la création de « La Main Tendue »…

*
       Thomas Lafontant déjeunait en compagnie de Catherine au restaurant chic le Tiffany situé sur le boulevard Harry Truman à Pétion-Ville. La jeune femme était peu bavarde; elle mangeait sans trop d’appétit. Son compagnon suivait attentivement ses gestes. Il posa une main sur la sienne. Avec un air soucieux, il demanda :
-Ça ne va pas Catherine?
     Elle leva la tête et plongea ses yeux privés d’expression dans ses yeux inquiets. Non seulement son protecteur et son guide, il était également un grand ami pour elle bien qu’il ait toujours souhaité approfondir la nature de leur relation. À quarante-quatre ans, il était quelqu’un de réservé et très affectueux que sa carrure imposante ne laissait pas souvent transparaitre. À première vue, il pouvait laisser l’impression d’être quelqu’un d’intransigeant mais si on prenait le temps d’aller au fond des choses, on y découvrait un homme stable émotionnellement et un bon camarade. Catherine était l’une des rares personnes qui connaissait le récit de sa vie personnelle. Marié à trente ans à Viviane, une institutrice, ils avaient eu une fillette de cinq ans. Un soir, la pluie tombait drue et des éclairs aveuglants déchiraient le ciel. La famille était paisiblement installée au salon. Soudainement,  un puissant coup de tonnerre rugit puis une panne d’électricité survint. Viviane serrait sa fille tout contre elle pendant que Thomas descendit au rez-de-chaussée muni d’une lampe de poche pour vérifier l’état des fusibles. Après vingt minutes sans nouvelles, sa femme vint le rejoindre. Pendant ce temps, la fillette s’était laissée attirée par le panneau mural où étaient logés les fils conducteurs et le stabilisateur. Le courant avait passé si vite qu’elle n’avait pas eu le temps de crier; elle était tombée raide sur le parquet dans un bruit mât. Le choc avait ébranlé la maison. Quand les parents accoururent, ils ne purent que constater son décès. Viviane avait eu beaucoup de mal à se détacher d’un petit corps inanimé. Thomas s’était cru en plein d’un cauchemar éveillé.  Sept jours après l’enterrement, sa femme se tuait au voulant de sa voiture non loin de son lieu de travail. Depuis Thomas restait enfermé dans sa tour d’ivoire, devant inaccessible de cœur… jusqu’à ce qu’il fît la connaissance de Catherine. A l’époque, elle n’était qu’une jeune étudiante ambitieuse avec des projets plein la tête, déterminée comme elle seule le pouvait. Si elle connaissait les sentiments qu’il nourrissait envers elle, il ne lui avait jamais parlé d’amour. Elle lui en était très reconnaissante car elle préférait son amitié et son soutien à une histoire amoureuse compliquée. Son regard se fit moins neutre, comme si elle venait de prendre conscience qu’elle avait un interlocuteur en face d’elle. Cependant, elle dut lui demander de répéter la dernière question qu’il venait de lui poser.
-Tu paraissais rêver les yeux ouverts, constata-t-il.
-Ça m’arrive souvent ces temps-ci. Mais je t’assure que tout va bien, insista t-elle d’un ton peu convaincant.
-Est-ce que cela aurait un rapport direct avec ta famille?
      A l’expression butée qu’affichée son visage, il comprit qu’il avait vu juste.
-Qu’est-ce qu’ils t’ont fait cette fois-ci?
-Rien de nouveau. Ce qui m’étonne, c’est que cela me touche plus que les autres fois; ça m’a aussi fait penser à des projets que j’ai passés au second plan pour le bien de mon travail.
-Catherine, tu es une femme  merveilleuse, tu n’as rien à te reprocher.
-Je sais. Je peux te poser une question?
-Oui bien sûr…
-En toute honnêteté, comment vois-tu ma vie personnelle?
       Il ne répondit pas tout de suite. Elle perçut toute la gêne que la question avait suscitée en lui. Comme la  réponse tardait à venir, elle reprit sa fourchette pour achever son repas qui était froid à présent. Thomas imita son geste. Elle ne put s’empêcher de repousser son assiette un soupir de lassitude. Il leva les yeux l’espace d’un instant avant de les baisser sur le restant de son assiette. Ce silence pesant régna en maître absolu jusqu’au dessert.
-J’oubliais le motif de notre rencontre! s’exclama Thomas soudainement en claquant les doigts comme pour excuser cette entrée en matière lorsqu’elle eut un léger sursaut. Il y aura un séminaire organisé par des médecins affiliés à des centres hospitaliers universitaires et à L’OMS (organisation mondiale de la santé) concernant les nouvelles découvertes des maladies neuromusculaires et cardiovasculaires chez l’enfant dans les prochains dix jours à venir.
-Un séminaire? Répéta Catherine. Où?
-A Toronto, à l’Hôtel Le Méridien King Edward non loin du centre-ville. Tu m’avais dit au mois dernier que tu venais à peine de renouveler ton passeport et que tu t’étais vu attribuée un visa canadien de cinq ans. Ton emploi du temps étant moins chargé ces derniers temps, j’ai donc pris la liberté de t’inscrire sur la liste des invités.
-Thomas, commença-t-elle prise au dépourvu, tu aurais dû me consulter bien avant. J’apprécie ce que tu essayes de faire pour moi mais je ne peux pas me permettre le luxe de voyager comme ça, sur un coup de tête. D’ailleurs, c’est bientôt les grandes vacances dans dix jours. Je dispose de peu de temps pour m’acquérir un billet d’avion en raison de la forte affluence pour cette période et il est fort probable que je ne trouve aucune place disponible.
-Calme-toi voyons, j’ai pensé à tout.
       Il sortit de son porte-document, qu’il avait accoudé au pied de sa chaise en arrivant, un formulaire d’inscription dûment rempli ainsi qu’un billet d’avion. Rendue muette par la surprise, elle en prit connaissance et constata non sans surprise que leur séjour durerait trois mois, soit du douze juillet au treize octobre.
-Ce n’est pas un séminaire mais une école, constata t-elle mi-figue mi-raisin.
-C’est très peu comparé à toute les choses que j’aurais aimé faire pour toi.
        La jeune femme fit mine de ne pas comprendre le sous-entendu à peine voilé. Elle reprit :
-Sans me consulter, tu as réservé un billet de trois mois. Mais c’est insensé!
-J’ai pensé que tu méritais quelques semaines de vacances.
-Et voilà, c’est reparti, marmonna-t-elle en s’enfonçant au fond de sa chaise.
-Écoute, tu ne vas pas me faire croire que j’ai commis une erreur en agissant de la sorte. Je ne me rappelle plus à quand remontent tes dernières vacances. Trois mois d’absence ne peuvent pas mettre en péril la réputation de ta maison. Roberta peut tout prendre en charge. C’est bien pour cette raison que tu l’as nommée directrice générale bon sang!
-Roberta! Répéta-t-elle avec un sourire désabusé. Elle est compétente, j’en conviens. Mais de là à lui laisser les rênes de La Main Tendue pendant trois mois, non merci! Je risque de me retrouver face à une émeute à mon retour.
-Tu as avoué toi-même qu’elle était un bon médecin. Tu peux dire ce que tu veux, tu pars avec moi. Pour te prouver que je ne prends pas tes préoccupations à la légère, je rentrerai un mois avant toi pour jeter un coup d’œil de temps en temps sur ton bébé, poursuivit-il en lui faisant un clin d’œil complice, comme ça tu en auras le cœur net.
     Elle ne paraissait pas tout à fait convaincue.
-Franchement Catherine, depuis quand n’as-tu pas pris de vacances? Insista t-il légèrement agacé par son entêtement.
      Un éclair lui traversa soudainement l’esprit : elle pensa à son projet secret qui commençait de plus en plus à germiner dans un coin de son cerveau. Sur le coup, elle passa lentement sa langue sur sa lèvre inférieure. Sans s’en apercevoir, une lueur indescriptible passa fugitivement dans le regard de Thomas.
-C’est une excellente idée, admit-elle enfin dans un sourire si éblouissant que ce dernier s’en trouva désarçonné. Je marche Thomas. Tu ne te cesseras jamais de me surprendre.

           Elle s’activa les jours suivants à préparer son départ, Roberta ne lui fit aucune remarque mais son regard reflétait toute son indignation. Elle fit  une longue réunion avec les membres de son personnel. Elle n’oublia pas non plus d’informer par téléphone et par courrier postal et électronique sa clientèle ainsi que ses partenaires et Sponsors. Progressivement, elle se sentait moins anxieuse et plus excitée à propos du voyage. Rentrée chez elle, elle fit ses bagages dans lesquelles elle ne mit que le strict nécessaire; des sous-vêtements, deux maillots de bain, des vêtements confortables y compris ses plus beaux tailleurs, quelques sandales chics et quatre robes du soir et leur sac assorti. Elle prit soin d’emporter la trousse de maquillage que Naomi lui avait offerte. Cinq jours avant son départ, elle crut bon d’appeler ses parents pour les mettre au courant pour son voyage. Mais le téléphone sonna longtemps tandis que la boîte vocale semblait être saturé. Puisqu’elle avait son après-midi de libre, elle se rendit à Delmas 75. Trente minutes d’embouteillage plus tard, elle stationnait dans la cour. Béatrice vint lui ouvrir la porte d’entrée.
-Pour une surprise, c’en est une! dit-elle en l’introduisant au salon. Permets-moi de te dire que ton brushing est une véritable merveille, ça relève ton visage. Tu es en congé aujourd’hui? Ce n’est pas dans tes habitudes d’avoir des heures de liberté à cette heure de la journée, surtout en milieu de semaine.
-Merci Béatrice, fit-elle d’une voix neutre. Nos parents sont-ils entrés?
-Papa se repose : il a fait une promenade d’une heure avant ton arrivée. Je n’ai pas croisé maman.
-Et comment se porte la future maman? S’enquit-elle avec une voix plus douce.
-Tu te rappelles au moins que je suis enceinte, sourit Béatrice en la prenant dans ses bras. Le bébé va bien. Encore six longs mois à attendre.
     Et elles continuèrent à converser jusqu’à ce que leur père vienne les rejoindre au salon. Il avait la mine fraîche.
-Depuis combien de temps es-tu ici? demanda-t-il à l’adresse de Catherine.
-Environ une vingtaine de minutes.
-Et tu n’es pas monté me voir?
-Béa m’a dit que tu te reposais suite à une longue promenade, j’ai préféré ne pas te déranger.
-Quand tu décides de prendre quelques heures pour passer me voir, tu ne me déranges jamais.
-Je suis venue vous annoncer, à maman et à toi que je pars pour Toronto mardi prochain.
-Mardi! S’exclamèrent d’une seule voix son père et Béatrice.
-Mais nous sommes déjà vendredi, ajouta sa sœur avec un air de reproche. Pourquoi tu nous l’annonces si tard?
-Thomas m’a invitée à participer dans un séminaire de pédiatrie sur un sujet qui me tient à cœur. Il aura lieu dans huit jours exactement. J’ai donc accepté.
-Eh bien, fit seulement son père, tu seras absente pour combien de temps?
-Trois mois, annonça-t-elle posément.
-Trois mois! S’écria Béatrice d’une voix étranglée. Catherine, tu sais des fois j’ai du mal à saisir le bien fondé de tes faits et gestes.
-J’étais réticente au début, crut-elle bon de préciser bien qu’elle trouvait leur réaction exagérée. Mais après réflexion, j’ai trouvé que c’était une bonne idée. Depuis le temps que je n’ai pas pris de vacances, ça ne me fera donc que du bien.
-C’est vrai, admit Paul avec un sourire assez conciliant, tu le mérites amplement. Je te souhaite donc de t’amuser, de te  gâter, de faire tout ce que tu veux. Pour une fois, fais-toi plaisir.
-Je suis contente que tu ais approuvé  mon idée. Pourras-tu l’annoncer pour moi à maman car je serai prise les prochains jours. Je vais tout de même l’appeler.
-Je le ferai. Catherine, une dernière chose : et si tu rapportais quelque chose de spécial pour faire plaisir à tes vieux parents?

-Oui. Je dois maintenant partir. Je vous appellerai. Promis.
(...)
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Alexa Madrexx

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