mardi 29 août 2017

Coin lecture pour découvrir mon roman par 2


Voici un autre extrait de mon roman pour les lecteurs qui ne connaissent pas encore l'univers de Catherine et des Abellard:



II

La décision

          Catherine se dépêchait de se mettre au travail mais en pensant à la pile de dossiers qui l’attendait, elle était découragée. Elle ne pouvait pas s’empêcher de repenser une fois encore au bateau-cargo qui était sensé leur livrer des provisions évaluées à des milliers de dollars américains depuis cinq semaines selon ce qui était prévu.  Ce bateau en provenance de Taïwan était l’une des rares gracieusetés qu’elle recevait du gouvernement haïtien mais sans aucun motif préalable, il n’arrivait pas à destination. À plusieurs reprises, elle avait contacté leur attaché d’ambassade à Port-au-Prince mais il était aussi surpris qu’elle de cet incident. Alors elle avait pensé à la théorie des pirates qui auraient pu détourner le bateau mais personne n’était en mesure de l’éclairer sur ce côté-là. L’attaché de l’ambassade lui avait conseillé d’attendre et lui avait remis sa carte personnelle pour le contacter et le tenir au courant d’éventuel changement de dernière minute. À La Main Tendue les garde-mangers se vidaient et de leur côté, les cuisinières se plaignaient de ne plus être utiles pour la maison. De temps à autre, Catherine passait des commandes à certains grands commerçants qui les aident à tenir le coup mais c’était loin d’être suffisant. Catherine ne pouvait plus supporter les regards empreints de tristesse que lui lançaient ses protégés : autrefois, elle arrivait à rester stoïque; pourtant ces jours-ci c’était au-dessus de ses forces. C’était pour ces raisons qu’elle s’était enfermée dans son bureau en début d’après-midi.  Elle déposa prestement le stylo avec lequel elle écrivait dès qu’elle remarqua le tremblement nerveux de sa main droite. Elle appuya la tête sur le bureau pour fermer les yeux : une migraine lancinante lui martelait les tempes. Une personne cogna à sa porte : elle ne brocha pas. Elle ne voulait parler à quiconque surtout pas à Roberta. Ces semaines-ci, sa directrice générale avait eu le don de lui faire perdre son sang-froid. Une demi-heure plus tard, elle se résigna à sortir de son refuge. Dans le couloir, elle repéra tout de suite un petit garçon d’environ sept ans vêtu de haillons, le dos collé au mur entrain de pleurer. Il n’avait pas remarqué sa présence. La jeune femme fût tentée de battre en retraite mais sa raison la reprit. C’était son travail; elle n’avait aucunement le droit de laisser souffrir un enfant vulnérable. Le bruit de ses talons sur le carrelage le fit sursauter. Il essaya de s’enfuir. D’une voix doucereuse, elle le rappela. Tremblant de peur, il revint tout de même sur ses pas. Elle lui demanda son nom mais il ne répondit pas. Donc elle reformula la question en créole. Il se nommait Frayius. Son front étroit était couvert de sueur, ses lèvres épaisses étaient pincées pour étouffer ses sanglots. Elle s’agenouilla pour se mettre à sa hauteur. Ses petits yeux la détaillèrent curieusement.
-Tu as faim, petit? Lui demanda-t-elle dans la même langue.
        Il lui répondit avec un vigoureux signe de tête. Elle se redressa, lui présenta la main. La regardant d’abord avec effroi, il glissa la main dans la sienne pour la suivre. Catherine l’emmena directement dans la grande cuisine soigneusement entretenue et aménagée. Étant que les cuisinières prenaient leur pause à cette heure-ci, la pièce était donc déserte. Avec le peu d’ingrédients qu’elle trouva, elle lui prépara un sandwich froid et lui servit un verre de jus de fruits frais. Il fixa la nourriture posée devant lui  avec un regard incrédule puis tâta le pain pour vérifier qu’il était bien réel. Catherine, installée près de lui à la grande table de la cuisine, l’encouragea à manger. En moins de deux minutes, il avait tout dévoré. Il murmura un merci du bout des lèvres presque craintif. Malgré elle, des larmes s’écoulèrent sur son visage. Le garçon ouvrit de grands yeux surpris. Au même moment, Gina Berthol, la secrétaire de Roberta fit irruption dans la pièce. Catherine eut le temps d’essuyer ses larmes.
-Le bateau en provenance de Taïwan est arrivé hier soir. Les colis du container sont entrain d’être déchargés dans la cour. Les principaux responsables sont là, ils attendent d’être reçus. Roberta est absente cet après-midi, j’ai préféré vous prévenir.
-Installez-les dans la salle de réunion et offrez-leur des rafraichissements, ordonna-t-elle en reprenant sa voix normale. Occupez-vous ensuite de cet enfant, il a besoin de nous.
-Oui madame. Viens avec moi, dit-elle à l’adresse du petit garçon. Il hésita comme la première fois pour finalement se laisser convaincre par le sourire franc de la femme.
    Une fois dans le cabinet de toilette adjacente à son bureau, Catherine se leva le visage, retoucha son maquillage et sa coiffure. Elle avala ensuite deux comprimés de Tylenol extrafort avec un verre d’eau glacée. Elle se sentit à nouveau d’attaque. Elle retrouva le représentant de l’attaché de l’ambassade taïwanais. Il était accompagné de deux autres hommes de nationalité haïtienne. A son entrée, ils se mirent debout et serrèrent chaleureusement sa main à tour de rôle.
-Nous sommes absolument navrés pour ce long retard, dit-il dans un français impeccable. Nous n’avons pas reçu à temps  le laissez-passer que vous étiez supposé nous envoyer pour avoir accès au port.
-Quoi? S’étonna Catherine poliment. Mais je l’ai envoyé depuis plusieurs semaines. Il doit y avoir une erreur.
-C’est très fâcheux en effet, concéda-t-il.
-La situation est embarrassante mais je vous promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela ne se reproduise plus. Et si nous allons faire l’inventaire de la livraison?
-Excellente idée, approuva-t-il.
       A l’entrée du garde-manger qui donnait sur la cour, des enfants s’étaient attroupés autour des colis déposés sur le sol. A l’approche de la délégation officielle, ils se dispersèrent en retournant à leurs jeux. La jeune femme signa les divers bons de commande, bavarda un moment avec la délégation. Après leur départ, elle remonta directement à son bureau soulagé.
         Le lendemain matin, Roberta ne se montra pas d’humeur conciliante. Elle soutenait que les provisions devaient être pour la plupart périmées et pouvaient de ce fait, rendre les enfants malades. Catherine n’avait pas réagi. Elle se contentait de la regarder gesticuler devant elle tel un automate sans prendre la peine de saisir le sens de ses paroles. Elle réalisa soudainement qu’elle ne voulait pas passer les dix prochaines années de sa vie à l’entendre jacasser. Elle ne savait pratiquement rien à propos de sa vie personnelle mais elle était prête à parier qu’elle n’était pas aussi vide que la sienne. A la fin de l’entretien, Catherine verrouilla sa porte puis se cala sur sa chaise afin de se détendre au son d’une musique apaisante. Le téléphone sonna deux fois. Au troisième coup, elle le prit avant que sa secrétaire Christelle Jean y réponde.
-La Main Tendue, bonjour. En quoi puis-je vous être utile?
-Je voudrais trouver un mari pour la PDG de cette maison. Serait-ce possible? Avança une voix railleuse.
-Daniel! s’exclama-t-elle sèchement en se maudissant  d’avoir répondu. Qu’est-ce que tu veux?
-Des excuses.
-Excuses? reprit-elle comme si ce mot lui était étranger.
-Oui, j’attends tes excuses.
-Et pourquoi s’il te plaît? demanda-t-elle en s’exhortant au calme.
-La dernière fois que l’on s’était vu, tu avais failli passer tes roues sur mes beaux souliers italiens.
-C’est vrai? fit-elle d’une voix mielleuse. S’ils sont élimés, je peux te les rembourser. Proche de la cathédrale, on trouve des marchands qui les vendent à des prix très abordables.
      Elle faisait référence aux friperies que l’on liquidait à des prix modiques au dit endroit.
-Merci quand même, dit-il d’un ton conciliant. En passant, nous n’avions pas terminé notre conversation.
-Dans mes souvenirs, tu l’avais ponctué d’un rire moqueur et d’une plaisanterie grotesque.
-Moqueur? Pauvre chérie, je pleurais sur ton sort. Je t’aime beaucoup tu sais; cela me peine de te voir finir tes jours ainsi.
-Ne t’en fais pas pour moi, riposta-t-elle en lorgnant avec envie le bouton qui, d’un clic, pouvait mettre fin à cette communication fâcheuse et futile.
-Tu n’as pas changé d’avis pour l’autre jour? Je suis toujours disponible tu sais…
-Daniel, l’interrompit-elle en prenant une voix affligée. Je ne suis pas prête de changer le lit de ma chambre, pas de chance. Et si tu n’as plus rien d’important à me dire, je vais mettre fin à cette conversation qui me fait perdre un temps précieux.
-Une dernière chose…
-Martine, commença-t-il sur un ton très sérieux.
-Elle t’a donné  un message pour moi? S’enquit-elle avec un ton soucieux.
-Oui, ouvre bien tes oreilles : elle te fait dire que… tu ferais mieux de renoncer à ton célibat avant que tu ne deviennes folle à lier.
      Avant de lui laisser le temps d’ajouter quoi que ce soit, elle raccrocha violemment le téléphone.

              Dix jours plus tard, Catherine se rendait chez ses parents. Elle ne trouva pas son père. Sa mère dormait. Déçue, elle se rendit dans sa chambre d’enfance qu’elle partageait  avec Vanessa. A son grand étonnement, elle trouva Henri allongé sur l’un des lits doubles, vêtu d’un short, les cheveux humides, ses vêtements négligemment jetés par terre. Bien que ses paupières fussent baissées, il ne dormait pas. Elle contourna le lit pour le rejoindre.
-Henri? Appela-t-elle.
    Il leva timidement les paupières,  découvrant des yeux rougis par les larmes. L’expression joyeuse de sa sœur disparut. Elle avait compris.
-Tu t’es encore disputé avec Martine, n’est-ce pas?
     La réponse tarda à venir.
-Viens, invita-t-il du bout des lèvres.
     Catherine alla se blottir dans ses bras.
-Tu te rappelles, reprit-elle pour essayer de le faire sourire, ce que maman disait en nous voyant ainsi?
      Il s’éclaircit la voix  avant d’imiter la voix choquée de sa mère.
-Vous allez finir  par vous pervertir tous les deux!
      Ils rirent tous les deux mais le rire d’Henri était teinté de tristesse.
-Elle en avait des répliques, maman.
-Beaucoup trop à mon goût. Tu peux me dire ce que Martine a encore fait?
-Elle est venue à mon bureau gifler ma secrétaire en criant que l’enfant qu’elle attendait était le mien. Tu imagines ma gêne et celle de la pauvre femme! Elle m’a remis sa démission dès le lendemain sur le conseil de son fiancé. Depuis lors, Martine est dans tous ses états. Elle s’est défoulée sur moi, elle a eu ses crises d’asthme tandis que Stéphanie a pleuré pendant des heures. Je suis ici depuis neuf jours. Je n’accepte que les appels de ma fille. Si Martine continue ici, elle risque de ne plus me revoir.
-Tu crois que c’est la meilleure solution?
-Et tu crois que je ne m’en suis pas rendue compte des conséquences fâcheuses que tout ceci peut avoir sur ma fille? Tu n’es pas la mieux placée pour me dire quoi que ce soit il me semble! S’emporta-t-il. Une bonne sœur s’habille mieux que toi, tu connais très peu d’hommes, tu n’as aucune idée d’une vie familiale dans un foyer et tu te permets de me donner des conseils, toi?
     Il s’exprimait avec une ironie mordante. Elle quitta l’étreinte de son frère, encore soudoyée par son attaque. C’était pour la toute première fois qu’il s’en prenait aussi férocement à elle si bien qu’elle se demanda dans un premier temps si elle l’avait bien compris. C’en était trop : elle laissa ses larmes coulés librement sur ses joues, exprimant ainsi toute sa frustration à l’égard de sa famille et de son travail. Il pâlit à la vue de ses larmes. Il voulut la toucher mais elle l’arrêta d’un geste :
-Pardonne-moi de t’avoir dérangé, balbutia-t-elle en sortant rapidement de la pièce sans regarder derrière elle, le laissant à sa confusion.
     Catherine alla se réfugier au salon qui heureusement était vide. Elle pleura silencieusement les yeux fermés. Elle se rappelait quand elle était enfant, il y avait toujours eu une personne pour la consoler.  Elle glissa sa main dans sa poche et en sortit son badge à l’effigie de La Main Tendue. C’était sa vie, c’était son bébé. Elle avait rendu des gens heureux, leur avait rendu le goût de vivre. En retour, elle restait avec les remerciements et les gratitudes… et après? Oui, et après? Rien. Sa vie était vide. A trente-trois ans, elle sentait déjà le poids des ans. Elle voulait que ça change, elle voulait réaliser un projet, un projet qu’elle avait relégué au loin dans son cerveau depuis la création de « La Main Tendue »…

*
       Thomas Lafontant déjeunait en compagnie de Catherine au restaurant chic le Tiffany situé sur le boulevard Harry Truman à Pétion-Ville. La jeune femme était peu bavarde; elle mangeait sans trop d’appétit. Son compagnon suivait attentivement ses gestes. Il posa une main sur la sienne. Avec un air soucieux, il demanda :
-Ça ne va pas Catherine?
     Elle leva la tête et plongea ses yeux privés d’expression dans ses yeux inquiets. Non seulement son protecteur et son guide, il était également un grand ami pour elle bien qu’il ait toujours souhaité approfondir la nature de leur relation. À quarante-quatre ans, il était quelqu’un de réservé et très affectueux que sa carrure imposante ne laissait pas souvent transparaitre. À première vue, il pouvait laisser l’impression d’être quelqu’un d’intransigeant mais si on prenait le temps d’aller au fond des choses, on y découvrait un homme stable émotionnellement et un bon camarade. Catherine était l’une des rares personnes qui connaissait le récit de sa vie personnelle. Marié à trente ans à Viviane, une institutrice, ils avaient eu une fillette de cinq ans. Un soir, la pluie tombait drue et des éclairs aveuglants déchiraient le ciel. La famille était paisiblement installée au salon. Soudainement,  un puissant coup de tonnerre rugit puis une panne d’électricité survint. Viviane serrait sa fille tout contre elle pendant que Thomas descendit au rez-de-chaussée muni d’une lampe de poche pour vérifier l’état des fusibles. Après vingt minutes sans nouvelles, sa femme vint le rejoindre. Pendant ce temps, la fillette s’était laissée attirée par le panneau mural où étaient logés les fils conducteurs et le stabilisateur. Le courant avait passé si vite qu’elle n’avait pas eu le temps de crier; elle était tombée raide sur le parquet dans un bruit mât. Le choc avait ébranlé la maison. Quand les parents accoururent, ils ne purent que constater son décès. Viviane avait eu beaucoup de mal à se détacher d’un petit corps inanimé. Thomas s’était cru en plein d’un cauchemar éveillé.  Sept jours après l’enterrement, sa femme se tuait au voulant de sa voiture non loin de son lieu de travail. Depuis Thomas restait enfermé dans sa tour d’ivoire, devant inaccessible de cœur… jusqu’à ce qu’il fît la connaissance de Catherine. A l’époque, elle n’était qu’une jeune étudiante ambitieuse avec des projets plein la tête, déterminée comme elle seule le pouvait. Si elle connaissait les sentiments qu’il nourrissait envers elle, il ne lui avait jamais parlé d’amour. Elle lui en était très reconnaissante car elle préférait son amitié et son soutien à une histoire amoureuse compliquée. Son regard se fit moins neutre, comme si elle venait de prendre conscience qu’elle avait un interlocuteur en face d’elle. Cependant, elle dut lui demander de répéter la dernière question qu’il venait de lui poser.
-Tu paraissais rêver les yeux ouverts, constata-t-il.
-Ça m’arrive souvent ces temps-ci. Mais je t’assure que tout va bien, insista t-elle d’un ton peu convaincant.
-Est-ce que cela aurait un rapport direct avec ta famille?
      A l’expression butée qu’affichée son visage, il comprit qu’il avait vu juste.
-Qu’est-ce qu’ils t’ont fait cette fois-ci?
-Rien de nouveau. Ce qui m’étonne, c’est que cela me touche plus que les autres fois; ça m’a aussi fait penser à des projets que j’ai passés au second plan pour le bien de mon travail.
-Catherine, tu es une femme  merveilleuse, tu n’as rien à te reprocher.
-Je sais. Je peux te poser une question?
-Oui bien sûr…
-En toute honnêteté, comment vois-tu ma vie personnelle?
       Il ne répondit pas tout de suite. Elle perçut toute la gêne que la question avait suscitée en lui. Comme la  réponse tardait à venir, elle reprit sa fourchette pour achever son repas qui était froid à présent. Thomas imita son geste. Elle ne put s’empêcher de repousser son assiette un soupir de lassitude. Il leva les yeux l’espace d’un instant avant de les baisser sur le restant de son assiette. Ce silence pesant régna en maître absolu jusqu’au dessert.
-J’oubliais le motif de notre rencontre! s’exclama Thomas soudainement en claquant les doigts comme pour excuser cette entrée en matière lorsqu’elle eut un léger sursaut. Il y aura un séminaire organisé par des médecins affiliés à des centres hospitaliers universitaires et à L’OMS (organisation mondiale de la santé) concernant les nouvelles découvertes des maladies neuromusculaires et cardiovasculaires chez l’enfant dans les prochains dix jours à venir.
-Un séminaire? Répéta Catherine. Où?
-A Toronto, à l’Hôtel Le Méridien King Edward non loin du centre-ville. Tu m’avais dit au mois dernier que tu venais à peine de renouveler ton passeport et que tu t’étais vu attribuée un visa canadien de cinq ans. Ton emploi du temps étant moins chargé ces derniers temps, j’ai donc pris la liberté de t’inscrire sur la liste des invités.
-Thomas, commença-t-elle prise au dépourvu, tu aurais dû me consulter bien avant. J’apprécie ce que tu essayes de faire pour moi mais je ne peux pas me permettre le luxe de voyager comme ça, sur un coup de tête. D’ailleurs, c’est bientôt les grandes vacances dans dix jours. Je dispose de peu de temps pour m’acquérir un billet d’avion en raison de la forte affluence pour cette période et il est fort probable que je ne trouve aucune place disponible.
-Calme-toi voyons, j’ai pensé à tout.
       Il sortit de son porte-document, qu’il avait accoudé au pied de sa chaise en arrivant, un formulaire d’inscription dûment rempli ainsi qu’un billet d’avion. Rendue muette par la surprise, elle en prit connaissance et constata non sans surprise que leur séjour durerait trois mois, soit du douze juillet au treize octobre.
-Ce n’est pas un séminaire mais une école, constata t-elle mi-figue mi-raisin.
-C’est très peu comparé à toute les choses que j’aurais aimé faire pour toi.
        La jeune femme fit mine de ne pas comprendre le sous-entendu à peine voilé. Elle reprit :
-Sans me consulter, tu as réservé un billet de trois mois. Mais c’est insensé!
-J’ai pensé que tu méritais quelques semaines de vacances.
-Et voilà, c’est reparti, marmonna-t-elle en s’enfonçant au fond de sa chaise.
-Écoute, tu ne vas pas me faire croire que j’ai commis une erreur en agissant de la sorte. Je ne me rappelle plus à quand remontent tes dernières vacances. Trois mois d’absence ne peuvent pas mettre en péril la réputation de ta maison. Roberta peut tout prendre en charge. C’est bien pour cette raison que tu l’as nommée directrice générale bon sang!
-Roberta! Répéta-t-elle avec un sourire désabusé. Elle est compétente, j’en conviens. Mais de là à lui laisser les rênes de La Main Tendue pendant trois mois, non merci! Je risque de me retrouver face à une émeute à mon retour.
-Tu as avoué toi-même qu’elle était un bon médecin. Tu peux dire ce que tu veux, tu pars avec moi. Pour te prouver que je ne prends pas tes préoccupations à la légère, je rentrerai un mois avant toi pour jeter un coup d’œil de temps en temps sur ton bébé, poursuivit-il en lui faisant un clin d’œil complice, comme ça tu en auras le cœur net.
     Elle ne paraissait pas tout à fait convaincue.
-Franchement Catherine, depuis quand n’as-tu pas pris de vacances? Insista t-il légèrement agacé par son entêtement.
      Un éclair lui traversa soudainement l’esprit : elle pensa à son projet secret qui commençait de plus en plus à germiner dans un coin de son cerveau. Sur le coup, elle passa lentement sa langue sur sa lèvre inférieure. Sans s’en apercevoir, une lueur indescriptible passa fugitivement dans le regard de Thomas.
-C’est une excellente idée, admit-elle enfin dans un sourire si éblouissant que ce dernier s’en trouva désarçonné. Je marche Thomas. Tu ne te cesseras jamais de me surprendre.

           Elle s’activa les jours suivants à préparer son départ, Roberta ne lui fit aucune remarque mais son regard reflétait toute son indignation. Elle fit  une longue réunion avec les membres de son personnel. Elle n’oublia pas non plus d’informer par téléphone et par courrier postal et électronique sa clientèle ainsi que ses partenaires et Sponsors. Progressivement, elle se sentait moins anxieuse et plus excitée à propos du voyage. Rentrée chez elle, elle fit ses bagages dans lesquelles elle ne mit que le strict nécessaire; des sous-vêtements, deux maillots de bain, des vêtements confortables y compris ses plus beaux tailleurs, quelques sandales chics et quatre robes du soir et leur sac assorti. Elle prit soin d’emporter la trousse de maquillage que Naomi lui avait offerte. Cinq jours avant son départ, elle crut bon d’appeler ses parents pour les mettre au courant pour son voyage. Mais le téléphone sonna longtemps tandis que la boîte vocale semblait être saturé. Puisqu’elle avait son après-midi de libre, elle se rendit à Delmas 75. Trente minutes d’embouteillage plus tard, elle stationnait dans la cour. Béatrice vint lui ouvrir la porte d’entrée.
-Pour une surprise, c’en est une! dit-elle en l’introduisant au salon. Permets-moi de te dire que ton brushing est une véritable merveille, ça relève ton visage. Tu es en congé aujourd’hui? Ce n’est pas dans tes habitudes d’avoir des heures de liberté à cette heure de la journée, surtout en milieu de semaine.
-Merci Béatrice, fit-elle d’une voix neutre. Nos parents sont-ils entrés?
-Papa se repose : il a fait une promenade d’une heure avant ton arrivée. Je n’ai pas croisé maman.
-Et comment se porte la future maman? S’enquit-elle avec une voix plus douce.
-Tu te rappelles au moins que je suis enceinte, sourit Béatrice en la prenant dans ses bras. Le bébé va bien. Encore six longs mois à attendre.
     Et elles continuèrent à converser jusqu’à ce que leur père vienne les rejoindre au salon. Il avait la mine fraîche.
-Depuis combien de temps es-tu ici? demanda-t-il à l’adresse de Catherine.
-Environ une vingtaine de minutes.
-Et tu n’es pas monté me voir?
-Béa m’a dit que tu te reposais suite à une longue promenade, j’ai préféré ne pas te déranger.
-Quand tu décides de prendre quelques heures pour passer me voir, tu ne me déranges jamais.
-Je suis venue vous annoncer, à maman et à toi que je pars pour Toronto mardi prochain.
-Mardi! S’exclamèrent d’une seule voix son père et Béatrice.
-Mais nous sommes déjà vendredi, ajouta sa sœur avec un air de reproche. Pourquoi tu nous l’annonces si tard?
-Thomas m’a invitée à participer dans un séminaire de pédiatrie sur un sujet qui me tient à cœur. Il aura lieu dans huit jours exactement. J’ai donc accepté.
-Eh bien, fit seulement son père, tu seras absente pour combien de temps?
-Trois mois, annonça-t-elle posément.
-Trois mois! S’écria Béatrice d’une voix étranglée. Catherine, tu sais des fois j’ai du mal à saisir le bien fondé de tes faits et gestes.
-J’étais réticente au début, crut-elle bon de préciser bien qu’elle trouvait leur réaction exagérée. Mais après réflexion, j’ai trouvé que c’était une bonne idée. Depuis le temps que je n’ai pas pris de vacances, ça ne me fera donc que du bien.
-C’est vrai, admit Paul avec un sourire assez conciliant, tu le mérites amplement. Je te souhaite donc de t’amuser, de te  gâter, de faire tout ce que tu veux. Pour une fois, fais-toi plaisir.
-Je suis contente que tu ais approuvé  mon idée. Pourras-tu l’annoncer pour moi à maman car je serai prise les prochains jours. Je vais tout de même l’appeler.
-Je le ferai. Catherine, une dernière chose : et si tu rapportais quelque chose de spécial pour faire plaisir à tes vieux parents?

-Oui. Je dois maintenant partir. Je vous appellerai. Promis.
(...)
Extrait du roman "Forfait parental tout inclus l'intégral" en vente sur https://www.amazon.ca/Forfait-parental-tout-inclus-Lintégral-ebook/dp/B072R352RH/ref=sr_1_sc_1?ie=UTF8&qid=1504033960&sr=8-1-spell&keywords=alexa+madrexz
Alexa Madrexx

Vengeance futile




*** crédit photo: Google images/ art abstrait visage.Vengeance futile 

Devant tant de comportements puérils et d'attitudes frivoles, 
Dois-je manifester de l'indignation? 
Ou puis-je me laisser aller à une fureur sans pareille?
Certes je soulagerai mon fiel avec une satisfaction passagère, 
Mais que me restera y-il une fois la poussière tomber? 
C'est pour cela le mépris prévaut dans pareille situation.
J'aurai l'air plus sage à défaut d'éviter de commettre une bêtise.
C'est ainsi que je suis devenue une grande personne. 


Alexa Madrexx

Douleur interne




Douleur interne 

Infâme marâtre qui me domine au delà du réel et qui transcende mon être; 
Vas-tu me poursuivre jusqu'à mon dernier soupir 
Ou faut-il que je choisisse moi-même une échéance à mon existence? 
Éclair lancinant, morsure cuisante et empreinte charnelle: 
Tu t'imprimes dans ma mémoire et te répands
Jusqu'à mon cœur pour me laisser un goût de fiel comme rappel de ta présence.
Compagne jalouse, possessive et omniprésente dans la solitude,

Tu ne me laisses aucun répit entre les soupirs 
Que j'échappe dans le silence de mes nuits blanches. 
Alexa Madrexx

samedi 12 août 2017

Laissons les fantômes du passé dans les placards!

    
*** courtoisie photo: Google images

     Quand je veux me débarrasser des souvenirs de quelqu'un, je fais en sorte d'effacer toute trace de lui: numéro de téléphone, date d'anniversaire, contacts sur les réseaux sociaux. Que ce soit un homme ou une femme, si j'habite la même ville que ladite personne vous pouvez être sûr que je fais en sorte de ne pas croiser son chemin. C'est ma façon de procéder...du moins c'est ce que je faisais jusqu'à tout récemment. Jusqu'à ce que je me rende compte que je devienne accrocher aux affres du passé: un ancien camarade dans ma liste des contacts, l'envie irrépressible de relancer un ancien amant ou tout simplement laisser ce quelqu'un en arrière-plan sans faire de vague. C'est courant au 21ième siècle semble t-il. Je me suis surprise moi-même à admirer les périples d'un ancien ami uniquement parce qu'il était dans mes contacts sur les réseaux sociaux. Étant donné que je suis un peu à fleur de peau depuis un an, ça m'atteint plus qu'il ne le faut. Résultat: pendant que le  bonhomme vit royalement sa vie, moi je ronge mon frein alors que je n'en ai rien à cirer en réalité! Je suis furieuse contre moi car je me trouve stupidement puérile. Et bien, qu'ai-je donc fait! Je l'ai supprimé de ma ligne de mire. Vous imaginez tous les couples séparés, divorcés, les anciens amis devenus ennemis ou des anciens partenaires d'affaires qui se jaugent sur le net simplement parce que c'est tendance par les temps qui courent? Un peu malsain n'est-ce pas...
      Moi j'ai décidé de revenir à la bonne vieille méthode qui est "loin des yeux, loin du coeur" qui fait un bien fou à mon amour-propre et ma paix d'esprit. Je me moque royalement que tel ex ou tel ancien camarade mène une vie qui m'intéresse pas. Je n'ai rien à y voir et c'est réciproque. Je présume que ce quelqu'un n'a pas besoin de souvenir de moi pour adorer ou chérir davantage sa chérie actuelle ou son ami présent. Donc, laissons les fantômes au placard! Le passé ne nous hante pas, nous le faisons nous-mêmes en créant nos propres monstres. Lorsque j'ai compris cette vérité, j'ai senti qu'un poids immense se glissait de mes épaules.
     J'espère que mon franc-parler d'aujourd'hui ne choquera pas trop de monde. Si c'est le cas, tant mieux. C'est ce qui me définie et ce n'est pas prêt de changer. Cordialement vôtre,
Alexa Madrexx

Coin lecture pour découvrir mon roman part 1


Afin d'inciter davantage de personnes à lire mon roman, j'ai décidé de partager quelques chapitres gratuitement sur mon blogue pendant plusieurs jours. C'est pour aiguiser la soif de lecture chez les personnes qui sont encore indécises pour acheter, emprunter ou télécharger mon roman sur Amazon "Forfait parental tout inclus l'intégral". Bien que j'ai fait paraitre deux tomes dans le passé et que j'ai déjà présenté quelques extraits dans des messages précédents, je vais innover cette fois-ci. Pendant une période indéterminée, je vais partager des chapitres de mon roman à un nouveau lectorat afin de rejoindre plus de monde. Sentez-vous libre de laisser vos commentaires sur ce blogue et/ou sur ma page Auteure Amazon.  
Les sections du livre que je vais publier ici seront toujours titrer de cette façon. Il suffit d'y prêter une attention particulière. Les liens pour acheter ou emprunter le livre sur Amazon sont disponible directement sur la page du blogue. 
Sans plus attendre, nous allons commencer par le début. Je vous souhaite une bonne lecture et n'oubliez pas de répandre l'engouement autour de vous. Cordialement, 
Alexa Madrexx





Forfait parental tout inclus

*
Première partie : le bébé tant rêvé!


I

Le plus grand malheur de Catherine

                      On était samedi. Un grand remue-ménage s’effectuait chez les Abellard. Une femme d’un certain âge supervisait les opérations. Ses cheveux crépus gris cendrés étaient ramassés en un chignon strict retenu par deux épingles à cheveux argentées en forme de papillon; ses yeux contournés de ridules nettement creusés éclairaient son visage quand elle souriait. Sous son apparence de femme inflexible, son cœur bienveillant commençait à s’inquiéter. Elle alla à la rencontre d’un homme noir sexagénaire aux tempes grisonnantes et au front large. Il était de grande taille, robuste et avait un corps ferme qui avait fait l’envie de plus d’une femme par des temps lointains. Il appréciait une nouvelle fois sa démarche aisée, mais ce qui la frappait encore, c’était la délicatesse de ses traits ainsi que ses yeux vifs que l’âge n’avait pas pu en ternir l’éclat. Pourtant ce matin, ces yeux étaient éteints par l’inquiétude.
-Catherine n’a toujours pas appelé, dit-elle à l’homme.
         C’était son mari, Paul Abellard.
-Tu ne devrais pas t’inquiéter autant. Tu sais bien qu’elle est absorbée par son travail. Si j’étais toi, je ne compterais pas trop sur sa présence.
-Elle ne peut pas me faire ça! répliqua-t-elle révoltée avec une voix qui demeurait tout de même de basse fréquence. Se tuer au travail et négliger sa famille! Henri et Martine tenaient à ce qu’elle soit là. Je ne peux pas m’imaginer leur dire qu’elle ne viendra pas et…
        Elle soupira. Paul encercla son épaule de son bras pour l’attendrir.
-Calme-toi Mathilde. Il est encore tôt. Pense aussi à toutes les personnes qui sont à sa charge. Ce n’est pas une mince affaire, tu sais. J’ai une meilleure idée : appelle-la pour savoir si elle compte venir. Je vais superviser les préparatifs à ta place.
-Merci, murmura t-elle en acceptant le baiser tendre qu’il déposa brièvement sur ses lèvres.
        Elle attendit qu’il sorte avant de se diriger vers le téléphone. Paul avait raison : elle se comportait souvent comme une femme ingrate vis-à-vis de sa fille. Catherine, pédiatre reconnue dans tout le pays, plus particulièrement à la capitale, dirigeait depuis quelques années l’organisme non gouvernemental « La Main Tendue » basée à Tabarre, à deux kilomètres et demie du centre de jeux Bojeux Parc. L’imposant bâtiment était logé au fond d’une longue cour boisée sur lequel était peint les personnages légendaires des bandes dessinées Disney et ressemblaient davantage à une garderie d’enfants qu’à un centre d’accueil pour enfants démunis. Il abritait également dans ses locaux une clinique de pédiatrie privée et de médecine interne en expansion. Regroupant au début une trentaine d’enfants qui étaient nourris et revêtus, « La Main Tendue » accueillait actuellement plus d’une centaine d’enfants orphelins ou abandonnés par des familles défavorisées.
        Elle composa le numéro du bureau et chose qui se produisait rarement, ce fut Catherine elle-même qui répondit.
-Bonjour maman, tu vas bien? Lança celle-ci joyeusement dès qu’elle reconnut la voix.
-On se maintient chérie, on se maintient, répéta Mathilde sans grand enthousiasme. Tu n’es pas trop occupée?
-Je suis submergée par le travail comme d’habitude mais je peux bien prendre quelques minutes de mon temps pour te parler, lui fit –elle remarquer d’une voix douce et mélodieuse.
-Tu ne te fatigues pas trop au moins?
-Je m’accorde souvent quelques minutes de repos mais avec les piles de dossiers que j’ai à consulter ce weekend, je n’ai pas vraiment une minute à moi. Comment va papa avec sa tension artérielle?
-Il a vu son médecin cette semaine. Depuis il se porte comme un charme. Catherine? Avança celle-ci sur un ton de reproche.
-Oui maman…
-Quel jour on est dis-moi?
-Samedi sept juin pourquoi?
-Cette date ne te dit rien?
-Pas que je sache non. J’ai manqué quelque chose? S’enquit la jeune femme avec un brin d’agacement dans la voix.
-As-tu oublié par hasard que ton frère Henri et sa femme, ta bonne amie Martine, célèbrent leur seizième anniversaire de mariage et qu’on organise une fête à la maison en leur honneur cet après-midi? Demanda sa mère d’une voix tremblante de colère.
-C’est aujourd’hui? S’étonna-t-elle à l’autre bout du fil. Attends…
      Mathilde l’entendit feuilleter un carnet, son agenda sans doute puis un silence gênant s’installa au bout du fil.
-Bien sûr! Rétorqua cette dernière en laissant éclater sa colère avec une voix à la tonalité  contrôlée. Tu as oublié comme toujours d’ailleurs! Tu as été leur demoiselle d’honneur et la première personne  qu’ils s’attendent à voir c’est toi. Mais tu es assise à ton bureau à te tuer au travail jusqu’à vingt-trois heures pour recommencer à huit heures le lendemain! Qu’en est-il des gens que tu aimes? Que vas-tu gagner à donner ton temps à tous ces gens qui ne comprennent rien?
-La satisfaction et la gratitude des gens que j’aide, répondit calmement Catherine.
-Foutaises! Tu avais dû te battre contre le gouvernement et le Ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports sans oublier le Ministère de la Santé Publique pour ouvrir ton organisme. Ils se font complimenter chaque jour pour une telle innovation alors qu’ils se sont contentés de te remettre une plaque insignifiante de remerciements après t’avoir mis des milliers fois, sinon plus, des bâtons dans les roues. Ta famille représente tout pour toi mais tu la négliges chaque jour. Bon sang Cathy! Pour un jour ou deux La Main Tendue peut bien se passer de toi ma chérie!
-Maman, je suis la PDG de cet organisme qui est maintenant reconnue sur la scène internationale. Nous sommes un des partenaires directs de l’UNICEF sur le terrain. Je ne peux pas me permettre  de perdre mon temps dans des choses de second ordre!
       Catherine se mordit les lèvres à la suite de sa dernière réplique mais elle l’avait échappée tellement que sa frustration était démesurée. Sa mère semblait, Dieu merci, n’en avoir pas pris conscience de sa bourde car elle relança sans se choquer :
-Et Roberta grands dieux? On dirait que tu mets tout sur tes épaules. Elle est ta directrice générale tout de même!
-Tu as raison oui mais ça ne change en rien ce tout ce que je viens de te dire.
-Et voilà! Explosa sa mère. Tu te remets à tourner en rond. Tu as trente-trois ans, lui rappela-t-elle d’une voix tristement radoucie. Ta vie professionnelle est une réussite mais si tu continues sur cette lancée, tu risques de te réveiller un matin, âgée de cinquante ans sans mari et sans enfants. A ce moment-là, je ne serai peut-être plus là mon trésor pour te venir en aide. Je…
-Écoute maman, coupa-t-elle fortement agacée, comme je te l’avais dit tantôt, j’ai beaucoup de travail. Je dois te laisser. Tu diras à Henri de ne pas compter sur ma présence. Au revoir maman.
       Elle raccrocha avec un soupir rageur après s’être assurée que le téléphone eut bien touché le combiné après avoir interrompu la communication. Elle se leva pour se rendre à la plus grande fenêtre de son bureau qui donnait sur la cour. Du quatrième étage, elle pouvait nettement distinguer la silhouette des enfants qui jouaient dans le petit parc aménagé sur quelques centaines de mètres, assez loin de l’allée principale par mesure de sécurité. Les uns faisaient de la balançoire, d’autres sautaient dans des pneus ancrés dans le carré  sableux ou se bousculaient pour escalader un obstacle de tiges de fer monté sous le regard attentif des moniteurs qualifiés. Les enfants devaient aussi attendre impatiemment l’heure du goûter de midi. De coutume, cette vue lui procurait une paix intérieure. Pourtant ce spectacle ne l’enchantait pas en ce moment. Elle était préoccupée par les propos de sa mère qui était devenue une inlassable leçon qu’elle lui répétait jusqu’à ce que le souffle doive lui manquer depuis ces derniers mois. Quand elle avait eu l’idée de créer « La Main Tendue », elle venait de finir sa résidence en médecine et d’obtenir son diplôme avec mentions d’honneur et de mérite en plus d’avoir été lauréate de sa promotion. Depuis deux ans, elle travaillait dans une clinique privée  d’un médecin de  l’hôpital universitaire de Médecine de l’État d’Haïti, Thomas Lafontant. Comme il était aussi pour elle un grand ami, elle lui avait fait part de son rêve et l’avait beaucoup aidée. D’abord, il lui avait déniché une maison au centre-ville de Port-au-Prince dès qu’elle avait su qu’elle ne recevait aucune aide concrète du ministère de la santé si elle ne faisait pas preuve de leadership. Le quartier était devenu peu sécuritaire pour ses petits protégés tandis que la maison peinait à répondre aux besoins et défis rencontrés tant l’espace ne pouvait répondre à la demande. Les enfants restaient sur leurs responsabilités pendant quelques semaines et voire des mois avant d’être relocalisés dans des familles d’accueil ayant été  évaluées au préalable par les services sociaux. Toutefois, la réalité sur le terrain faisait en sorte que leurs petits protégés restaient avec eux jusqu’à ce qu’ils eurent atteints l’adolescente. Alors, elle s’était mise en quête d’un endroit beaucoup plus grand et plus paisible. Quelques mois s’étaient écoulés sans qu’elle n’ait rien trouvé. Un soir, elle était entrain d’écouter l’émission hebdomadaire « On achète et on vend » sur les ondes de la station de radio Univers Fm quand l’animateur avait annoncé qu’un bâtiment flambant neuf de quatre étages, logé au fond d’une cour boisée était à vendre. Les propriétaires quittaient la capitale pour aller s’installer à Jacmel et avaient souhaité vendre la maison dans les plus brefs délais. Elle avait noté les coordonnées pour prendre contact avec la personne ressource. L’endroit l’avait plu du premier coup d’œil; son ami, Thomas Lafontant l’avait pressée d’accepter l’offre. Dix-huit mois avaient suffi pour installer les dortoirs, les toilettes et douches, la salle à manger collective et la cuisine, la salle de jeux, la salle de réunion, les trois cabinets médicaux ainsi que les bureaux principaux.  Elle avait commencé à travailler seule ardemment tout en complétant une maitrise en administration des affaires; par la suite, Roberta Davidson l’avait rejointe. Elle s’était révélée une bonne collaboratrice et très douée pour les questions de gestion administrative. Physiquement, elles étaient différentes telles le jour et la nuit : Catherine était une jeune femme noire au teint café au lait de taille moyenne, au-delà d’un mètre-soixante-deux, la poitrine assez généreuse, la taille fine mais les hanches rondes et les fesses rebondies; ses cheveux qui lui arrivaient sur la nuque quand ils étaient tirés en arrière, ils étaient toujours coiffés de manière simple. Elle ne se maquillait presque jamais pour se présenter au travail : ses épais sourcils noirs auraient été pourtant magnifiques si elle les avait savamment dessinés. Elle savait aussi que sa bouche en forme de cœur était qualifiée de sensuelle par bien des hommes mais elle s’en moquait. Tandis que Roberta était une brune élancée d’une beauté arrogante : elle se maquillait toujours pour venir au bureau, changeait la  couleur et la coupe de sa chevelure à la moindre occasion. Elle était très exigeante et avait parfois la désagréable habitude de s’entêter pour quelque chose d’insignifiante. Catherine avait hérité du sang-froid de sa mère avant qu’elle devienne paranoïaque à cause de son célibat et du caractère ferme et intransigeant de son père. Ces deux traits de caractère l’aidaient beaucoup dans sa collaboration avec sa directrice générale.
         Deux coups secs furent frappés sur sa porte et Catherine fût ramenée dans le présent.
-Tu peux rentrer Roberta, invita-t-elle d’une voix un peu lasse.
        C’était effectivement elle en tailleur pantalon et cheveux en cascade. Les verres de contact qu’elle portait lui donnaient le regard d’un chien rusé qui allait bien avec son teint café au lait, un peu plus pâle que la sienne.
-Tu regardais encore ces enfants? Je ne vois pas ce que tu peux les trouver en les lorgnant des heures, remarqua celle-ci de manière désinvolte tout en roulant de grands yeux.
-Je replonge dans les années de mon enfance. Je suis bien libre de le faire, non? répliqua Catherine avec un sourcil levé.
        Roberta haussa les épaules. Elle la dévisagea d’un air critique avant de s’exclamer :
-Ce complet est magnifique mais c’est la troisième fois que tu le mets depuis deux semaines…
-Et…
-Voyons Catherine, tu es PDG. Tu devrais…
-La qualité vaut mieux que la quantité! répliqua-t-elle d’une voix posée mais ferme. Je suis toujours bien mise, mes vêtements sont propres, je ne choque personne et j’ai le respect de tout le monde ici, du moins je crois.
         Son ton direct ne démonta pas pour autant sa directrice générale. Elle souriait!
-Ta garde-robe a dû en pâtir la pauvre!
-C’est bien le cadet de mes soucis. Elle a l’essentiel, je m’en contente. Donc, tu me déranges pour venir me faire une leçon sur ma tenue vestimentaire?
-Non heureusement sinon on y passerait l’après-midi, riposta gaiement celle-ci. L’architecte ne viendra pas. Il te prie de l’excuser. Il a un empêchement majeur apparemment.
-Bon sang! S’impatienta Catherine, c’est la cinquième fois qu’il me fait ce coup là ! J’en ai assez, je ferai appel aux services d’un autre architecte.
-Voyons Catherine!
-Oui et je le ferai. Il a eu plusieurs secondes chances pour ainsi dire, il les a toutes ratées! Tu n’as pas d’autres rendez-vous? Lui demanda-t-elle d’un ton cassant pour ne pas avoir à endurer davantage une nouvelle critique sur un autre aspect de sa vie privée.
-Dieu merci, je suis libre tout l’après-midi, toi aussi d’ailleurs, lui rappela Roberta avec un sourire moqueur du coin des lèvres. Tu dois en profiter ma chère car tes moments de repos sont tellement rares.
-Pourquoi pas? Je vais visiter les enfants au dispensaire avant de rentrer.
-Comme tu voudras. Moi je file! Ciao!
       En la regardant sortir en sautillant, la jeune femme se demandait encore  comment Roberta avait-elle pu devenir pédiatre. Catherine chassa cette idée de son esprit avant de quitter son bureau.

               Au volant de sa Suzuki Vitara sport de couleur Atlantis turquoise Pearl et Noire Pearl cosmique métallique, elle réfléchissait à son itinéraire. Elle n’avait pas l’habitude de rentrer chez elle aussi tôt. Elle se rappela soudainement que huit semaines s’étaient déjà écoulées depuis sa dernière permanente. Elle se retrouva donc aussitôt chez sa coiffeuse qui se trouvait à être son amie d’enfance, Naomi Larochelle qui détenait un grand salon de coiffure unisexe sur la route des Frères, proche de Pétion-Ville. Dès qu’elle poussa la porte d’entrée, elle entendit un enfant crier;
-Maman! Maman! Un client!
       Avec une démarche posée et cadencée, une jeune femme vint à leur rencontre. Elle avait le profil type d’une esthéticienne à qui l’on pouvait confier sa beauté sans aucune hésitation : elle était belle, toujours bien mise, maquillée et coiffée à la dernière mode en vogue. Quand elle reconnut Catherine, elle accéléra le pas.
-Tu es en congé aujourd’hui? Lui demanda Naomi en l’embrassant chaleureusement. De coutume, tu finis toujours très tard.
-L’architecte avec lequel j’avais rendez-vous ne s’est pas présenté. Judel, viens m’embrasser, lança joyeusement Catherine à son filleul en lui tendant les bras.
        Le petit garçon de quatre ans vint vers elle en courant, posa rapidement les lèvres sur sa joue tendue puis repartit au galop.
-Tu crois que tu pourras faire quelque chose pour mes cheveux? demanda-t-elle sachant pertinemment les pensées de son amie à ce sujet.
        Naomi les toucha d’une main experte pour les examiner.
-Il n’est pas trop tard mais si tu continues ainsi, tu te réveilleras un beau jour et tu les retrouveras sur ton oreiller, objecta-t-elle pince-sans rire.
-On croirait entendre ma mère, ronchonna Catherine.
-Tu ne dois pas être pas te rendre à la fête organisée en l’honneur d’Henri? J’y vais moi-même.
-Non, répondit-elle laconiquement.
-Pourquoi?
-J’ai déjà dit à ma mère ce matin que je ne serai pas de la partie.
-On pourra en discuter, proposa Naomi tout en ouvrant la boîte de la permanente. Il est encore tôt. Je vais profiter de t’appliquer un masque et de te faire une manucure ainsi qu’une pédicure, lui annonça-t-elle tout de go. Tu te négliges trop!
-Ne me transforme pas s’il te plaît en mannequin de vitrine! Riposta-t-elle faussement horrifiée. Je n’ai pas envie qu’on se moque de moi.
-Confiance ma chérie, susurra son amie. Tu es entre les mains de Naomi Larochelle.
      Catherine poussa un soupir de résignation avant de prendre un magazine sur le comptoir. Naomi s’activait à appliquer le mélange formé par la crème assouplissante et le liquide activateur dans ses cheveux.
-Beaucoup trop de repousses, remarqua-t-elle tout haut tout en continuant son travail.
    Elle lui demanda ensuite de pencher la tête vers l’arrière et lui appliqua une pommade verdâtre sur son visage.
-Qu’est-ce que c’est? S’écria Catherine plus dégoutée qu’affolée.
-De l’argile. Ferme donc la bouche et les yeux avant que tu ne meures intoxiquée par ma faute! S’impatienta Naomi.
-Et pourquoi l’utilise-t-on s’il te plait?
-Pour nettoyer la peau grasse, ce qui diminue du coup le risque d’avoir des points noirs : elle absorbe l’excès de sébum, lui expliqua t-elle.
-Charmant! C’est exactement ce qu’il me fallait.
      Catherine n’avait pas l’air très convaincue mais son ton n’était pas sarcastique pour autant. Quelques longues minutes plus tard après avoir rincé le shampoing et enlevé le masque, Naomi lui  présenta un miroir.
-Je sens ma peau beaucoup plus douce.
-Je te l’avais dit! Triompha son amie en lui mettant des bigoudis dans ses cheveux humides qui bouclaient déjà naturellement au contact de l’eau. J’aime bien tes sourcils mais ils méritent d’être redessinés.
-Quoi? S’écria Catherine. Tu n’oseras pas!
      Munie d’une pince et d’une cire tiède, Naomi lui enlevait déjà ce qu’elle jugeait de trop. En son fort intérieur, Catherine se maudissait d’être passée la voir. Elle maugréait pour se regarder dans le miroir derrière elle mais Naomi avait pris soin de la tourner face à elle pour mieux travailler. Pendant que Catherine était sous le sèche-cheveux, son amie lui fit les ongles de mains et de pieds sur lesquels elle appliqua un vernis Avon Casablanca. Catherine refusa la manucure française proposée en disant qu’elle avait suffisamment subi de transformation esthétique imprévue pour la journée. Comme il était pratiquement  dix-sept heures, Naomi retourna la pancarte sur « FERMÉ ». Laissant la jeune femme seule un instant, cette dernière monta dans  son appartement situé à l’étage supérieur de son salon. Une fois seule, Catherine lorgnait les ongles de ses mains puis celles de ses pieds. Elle regretta encore une fois d’être passée chez Naomi. Celle-ci avait toujours guetté l’occasion favorable pour la réviser de la tête aux pieds. Ne lui répétait-elle pas souvent, tout comme sa mère d’ailleurs, que si  elle prenait méticuleusement soin de son apparence qu’elle serait davantage plus belle? Non, Naomi disait un autre mot plus significatif…plus désirable! Désirable? Catherine n’avait pas envie d’être désirable : elle préférait s’affirmer par ses capacités et ses performances cérébrales et non par ses attraits physiques. Elle jeta encore un coup d’œil dans le grand miroir accroché au mur. Elle devait tout de même avouer que ses sourcils ainsi dessinés adoucissaient son regard et lui donnaient du même coup un brin de sensualité.
      Naomi revint enfin avec un paquet bleu sous les bras.
-Encore des produits et des appareils pour me massacrer? Marmonna Catherine visiblement apeurée.
-Ton cadeau d’anniversaire, précisa Naomi. Comme on ne s’était pas vu pendant longtemps, je te le donne maintenant.
       Elle marmonna un merci à peine audible. Son anniversaire avait eu lieu un mois auparavant; elle ne s’était pas présentée au souper d’anniversaire que ses parents avaient organisé en son honneur. Sa mère avait hurlé de rage au téléphone quand elle les avait appelés tard dans la soirée pour avoir de leurs nouvelles parce qu’une fois encore, elle avait oublié un évènement familial important. Mathilde l’avait traitée de tous les noms du monde et en avait sans doute inventés quelques uns. Unr fois de plus, son père avait réussi à la calmer. A ce souvenir, Catherine eut un début de migraine. Elle ouvrit le paquet pour découvrir un sac de cosmétique gris. Réprimant un sourire moqueur, elle l’ouvrit par réflexe et découvrit sans grande surprise qu’il contenait toute une gamme de produits Maberline New York. Elle l’embrassa sur les deux joues et lui promit d’en faire bon usage.
-Je t’ai aussi apporté une robe, ajouta Naomi.
-Une robe? Répéta Catherine non sans surprise.
-Oui. Tu ne comptes pas te rendre en tailleur à la fête d’Henri tout de même! Rétorqua Naomi indignée.
-Je n’irai pas! Lança Catherine catégoriquement.
-Je sais que tu peux être entêtée quand tu t’y mets mais tu as déjà manqué sept anniversaires dans la famille depuis ces deux dernières années. C’est suffisant, tu ne trouves pas?
-Toi aussi tu t’y mets? Ah non! C’est assez! Maman, Roberta ensuite toi dans la même journée...
-Calme-toi ma chérie, la pression est trop forte, l’intima doucement Naomi en prenant une bonne respiration pour l’inciter à faire de même. Sans doute à cause de la chaleur que tu te sens aussi stressée. Tu peux te rafraichir à l’étage. Allez, suis-moi!
       À bout d’arguments, elle la suivit dans l’escalier.
 - Qu’attends-tu pour descendre? Cria Naomi du bas de l’escalier en trépignant d’impatience une quarantaine de minutes plus tard.
-Vas-y sans moi, lança-t-elle d’une voix comprimée en haut de l’escalier mais hors de son champ de vision.
-Bon sang Catherine! Il est maintenant dix-neuf heures. Dépêche-toi! Tu es agaçante à la fin!
-Me voici. Méconnaissable comme il fallait s’y attendre! Jugea-t-elle d’un ton morose.
       Catherine descendit dans une robe avec un col Mao à motifs or et noir sur fond bleu nuit pourvue de manches courtes. Comme la robe était celle de Naomi, celle-ci étant plus mince qu’elle, la robe épousa ses courbes devenant ainsi plus courte. Son amie s’extasia :
-Splendide! Merveilleuse! Brushing parfait, maquillage léger! Tu es vraiment sexy et j’espère qu’on ne se lassera pas de te le faire remarquer ce soir.
-Je n’aimerais pas trop en faire! Je ne me reconnais plus!
-Tant mieux. Puis cesse de te geindre! Lui intima t-elle avec ce même ton sans réplique qui ne démontait jamais Catherine. Pour un jour, ça ne va pas te tuer. Ma mère garde Judel jusqu’à demain après-midi donc tout va bien. On y va?

                  Dans la maison des Abellard à Delmas 75, la fête battait son plein. La majorité des invités étaient là : la plupart était les membres de la famille, des amis proches du couple ainsi que des collègues de travail ou d’anciens camarades d’école ou de faculté complétaient le nombre des invités. Paul était accaparé dans une conversation passionnée avec des amis tandis que Mathilde lançait de temps en temps des regards remplis d’espoir à la porte d’entrée en distribuant des sourires polis à ses invités au passage. Un homme tentait de la rassurer à la carrure imposante qui ressemblait beaucoup à Paul mais avec des traits plus jeune que ce dernier. C’était Henri son fils aîné âgé de trente-six ans. Vanessa, de deux ans sa cadette, était elle aussi présente sans oublier les jumeaux âgés de trente-quatre ans Béatrice et Claude ainsi que Joanne, âgée de quarante ans la fille issue du précédent mariage de Paul. Tous étaient mariés, avaient des enfants, en attendaient ou planifiaient. Claude vivait en Floride avec sa femme et leurs  deux jeunes enfants. Les sœurs Abellard étaient en général échaudées pour ne pas dire passionnées et extravagantes, soucieuses de leur apparence et des adeptes de la mode. Tout le contraire de Catherine. Elle était la benjamine de la famille. Elle était aussi la plus calme, la bête de travail et la tristement célèbre célibataire de la maisonnée, ce qui ne manquait pas d’inquiéter sa famille, surtout sa mère. Henri lui tapota l’épaule.
-Arrête de t’en faire autant maman, lui dit-il en souriant. Elle est très prise cette semaine. Il ne faut pas lui en vouloir.
-Tout de même, répliqua sa femme Martine, elle aurait pu faire un effort!
       Mathilde hocha la tête d’un air réprobateur. Henri secoua la tête. Parfois, il trouvait que sa mère et sa femme jugeaient beaucoup trop sévèrement sa sœur. Catherine était celle de la fratrie qui était la plus proche de lui et était aussi sa confidente. Elle seule savait le comprendre. Mais il ne pouvait pas prétendre que son célibat prolongé lui importait peu.
       Joanne et Stéphanie, la fille d’Henri et de Martine âgée de quatorze ans vinrent à leur rencontre.
-Tilda, dit Joanne d’une voix légèrement nasillarde, trois personnes viennent de rentrer mais je n’ai pas pu les identifier.
-Je m’en charge.
       Mathilde se dirigea d’un pas gracieux vers la piscine à l’arrière cour où deux femmes venaient d’entrer par le portail arrière. Elle reconnut tout de suite Naomi accompagnée de son mari Enock Casséus qu’elle salua chaleureusement. Comme elle ne savait pas si sa mère faisait semblant de ne pas la reconnaitre, Catherine lança d’une voix presqu’acide :
-Bonsoir maman.
-Catherine! s’exclama sa mère avec des yeux arrondis par la surprise. C’est toi qui as fait ça? demanda-t-elle à Naomi. Compliments! Le résultat est étonnant. Je suis tellement heureuse que tu ais pu venir finalement ma chérie.
-Naomi m’y a forcée, avoua Catherine à contrecœur.
-Merci, murmura-t-elle à la jeune femme en la gratifiant d’un sourire.
      En les prenant chacune par un bras, Mathilde les entrainant plus qu’elles ne marchèrent dans la grande salle de séjour où s’étaient réunis les membres de la famille. Catherine se montrait réticente et raide, Naomi paraissait flotter sur un nuage.
-Regardez qui nous ont honorés de leur présence, annonça-t-elle joyeusement à la bande.
-Naomi! S’écrièrent joyeusement en cœur  Béatrice, Vanessa et Henri. Claude qui venait d’arriver accompagné de sa femme, donna une belle accolade à Enock et embrassa Naomi avant de prendre Judel dans ses bras.
       Seule Joanne reconnut Catherine du premier coup d’œil.
-Catherine! S’étonna-t-elle. Mon Dieu que tu es ravissante! Qui t’a transformée ainsi?
       Béatrice, un verre d’apéritif sans alcool dans une main, plaqua l’autre sur sa bouche en guise d’effarement. Après que Catherine eut salué son père, les femmes l’entourèrent.
-S’il vous plaît, les pria-t-elle. Je ne suis pas un animal en voie d’extinction exposée dans une fête foraine.
-Naomi ma chère, tu sais faire des miracles, remarqua Vanessa. Je passe lundi, ça te va?
-Quand tu veux ma chère, répondit celle-ci avec une pointe de fierté dans la voix.
       Catherine lui lança un regard incendiaire qu’elle ignora avec un rire chantonnant.
-Tu te négligeais trop, enchaîna Béatrice avec son air le plus sérieux en mettant une main sur ses hanches arrondies par sa grossesse. Tu es belle mais tu camoufles si souvent tes attraits que tu parais moche parfois.
-Je ne suis pas venue ici pour entendre tous commentaires sur mon apparence. Je n’ai même pas encore eu l’occasion de parler à Henri et à Martine, s’impatienta-t-elle. Donc, mesdames, je vous prie de m’excuser.
       D’un pas décisif, elle se dirigea vers les toilettes pour retirer son maquillage qui lui avait voulu trop d’attention à son goût mais elle dut battre en retraite car la file d’attente fut assez longue. Avec un soupir de résignation, elle revint sur ses pas. A l’entrée du salon, elle croisa Henri avec une petite assiette d’hors-d’œuvre à la main.
-Je te cherchais, lui dit-il.
-Moi aussi, sourit-elle.
-Tu es resplendissante.
-Comme une poupée de porcelaine? Avança-t-elle pince-sans-rire.
-Non, comme Catherine. Je t’ai apporté des tresses royales.
-Mmm! Mes préférés!
-Viens t’asseoir avec moi sur l’escalier.
-Je te souhaite tous mes vœux de bonheur pour cette nouvelle étape de ton mariage avec Martine. Je n’ai pas de cadeaux parce que je m’y suis prise malheureusement trop tard, admit-elle légèrement honteuse.
-Tu es là, c’est l’essentiel. Je pensais que tu n’aillais pas venir.
     Elle ne dit rien. Elle aimait parler à son frère parce que c’était le seul qui ne lui miroitait pas le vide de sa vie sentimental devant ses yeux. Il était aussi son meilleur ami.
-Tu fais un travail formidable; tu t’occupes d’enfants démunis à qui tu redonnes le goût de vivre, une raison d’exister, de croire en leur avenir. Tu as toujours été une battante. C’est pour l’une des raisons pour laquelle je t’apprécie énormément. Mais, as-tu une fois pensé à toi, à ton avenir?
-C’est maman qui t’a demandé de me parler?
        Il hocha négativement la tête. La jeune femme se détendit. Au moins, Henri n’allait pas la noyer dans un lot de reproches.
-Pour fonder une famille, reprit-elle, il faut trouver quelqu’un…
-T’es-tu au moins donnée la peine de  le chercher ou de le laisser venir à toi? Tu n’as pas toujours le temps je sais, s’empressa-t-il d’ajouter voyant qu’elle était prête à riposter. Si c’est ce que tu veux ma belle, je n’y vois aucune objection. Mais si c’est un rythme que tu t’imposes qui finit par t’étioler à petit feu alors il faudra revoir tes plans.
         Une voix masculine grave empreinte de chaleur interpela son frère au même moment. Un homme d’environ du même âge qu’Henri vint à leur rencontre. Catherine fit la grimace. Daniel Théodore, le meilleur ami de son frère avait le don de la faire sortir ses gonds : il la taquinait sans arrêt sur sa vie personnelle comme si la famille toute entière liguée déjà contre elle ne suffisait pas et prenait un malin plaisir à la harceler dans les limites de la normale. Il y avait toujours eu une sorte de relation amour-haine entre eux et la jeune femme s’était finalement persuadée qu’elle devait le tolérer car il était depuis longtemps un membre à part entière de sa famille nombreuse. Il avait beau être gentil et avoir du succès auprès de la gent féminine, elle ne le trouvait pas moins exaspérant. Il la dépassait d’au moins une quinzaine de centimètres, son corps mince mais pourtant musclé avaient parfois agrémenter les fantasmes de ses sœurs durant leur adolescence. Elle le trouvait elle aussi séduisant mais il avait un petit côté désinvolte qui l’agaçait. Non, se répéta t-elle, définitivement pas son genre d’homme.
       Daniel plissa les yeux, recula d’un pas pour la détailler du regard.
-Catherine ma chérie, tu sors d’un magazine de mode?
-C’est bon, fit la jeune femme un brin sardonique, je te vois bien même sans mes lunettes.
       Il eut un sourire au coin, un sourire moqueur, un brin rusé qui l’agaça fortement.
-Martine te cherchait pour ouvrir le bal, annonça-t-il à Henri.
      Celui-ci se leva.
-Bon j’y vais. Le devoir m’appelle. Tu veux bien tenir compagnie à Catherine pour moi? Je ne supporte pas de la voir s’isoler dans son coin.
-Pas de problème mon vieux, s’empressa de répondre Daniel avant qu’elle pût riposter. Tu peux t’en aller en toute quiétude.
-Alors, poursuivit-il en prenant la place d’Henri sur la marche d’escalier, tu as quelqu’un présentement dans ta vie ou un amant caché dans ton placard qui attend impatiemment ton retour pour que tu sois aussi resplendissante?
-Si c’était le cas, je me ferais un plaisir de me pavaner à ses bras simplement pour te faire ravaler toutes tes dents! Rétorqua t-elle piquée au vif. Tu n’as rien à faire que d’être sur mon dos à longueur de journée?
-J’aime quand tu es fâchée, c’est la seule façade plus ou moins agréable que tu m’offres de toi. Tes jambes sont très jolies.
        Sans crier gare, il frôla sa cuisse proche de lui à l’aide de son index simplement pour l’agacer. Elle l’écarta d’une tape avant de ramener la robe qui avait glissé à mi-cuisses sur ses genoux tant bien que mal. Ce geste lui valut un sourire moqueur qui laissait entrevoir ses dents blanches parfaitement alignées.
-Je t’interdis de me toucher! Siffla t-elle prête à se lancer dans une joute verbale.
-Je te faisais un compliment.
-Et bien, je n’aime pas tes compliments! Tiens, tiens où est passée ta fiancée? Tu as écourtée son droit de séjour auprès de toi?
-Oui ma chère, me revoici de nouveau libre. Serais-tu intéressée?
-Non merci, sans façon! Je m’ennuie, soupira-t-elle.
-Viens danser avec moi, l’invita t-il.
-Non, je n’en ai pas envie.
-Allez!
       Faisant fi de ses protestations, il l’entraina dans la salle de séjour que l’on avait converti en salle de danse pour l’occasion. Henri et Martine évoluaient au milieu de la piste au rythme de la musique compas love tandis que ses sœurs non loin d’eux se prélassaient au bras de leurs maris. Daniel alla au milieu d’eux puis entreprit d’encercler sa taille de son bras et lui prendre sa main libre pour la guider selon le rythme musical. Elle devait bien s’avouer qu’il savait bien danser. Au début raide comme un piquet, elle se détendit peu à peu dans ses bras et se permit de s’amuser. Ils dansèrent sur plusieurs morceaux musicaux sans que Catherine ne se montrât désagréable. Le reste de la soirée se passa sans incidents.
             Vers vingt-deux heures le dernier invité était parti. Catherine était avec sa mère dans la salle de séjour pour remettre un peu d’ordre.
-Je te remercie d’être venue, lui dit sa mère pour la centième fois.
-Maman, j’avais tout l’après-midi de libre puis j’avais croisé Naomi qui m’avait pratiquement mise au pied du mur. Je n’avais donc aucune excuse plausible.
-Tu as ébloui tout le monde surtout tes sœurs, ajouta Mathilde les yeux brillants de fierté.
-Je me suis présentée à ta fête vêtue de façon inhabituelle. Ce n’était pas moi. Il ne faut donc pas trop t’y habituer. Je suis médecin, pas mannequin, rappela t-elle avec sa logique implacable.
-Tu étais tout de même superbe ce soir; tu m’as laissée sans voix.
      Catherine se contenta de balayer la pièce du regard : tout était impeccablement rangé à sa place.
-Je dois partir maintenant, il se fait tard. Où est papa?
-Il est monté se coucher; il est si fatigué. Dépêche-toi de filer. Je n’aime pas trop te voir conduire sur l’autoroute de Delmas à une heure pareille. Fais attention à toi et merci encore.
-Bonsoir maman, souhaita-t-elle en l’embrassant.
        Installée dans sa voiture, Catherine passa le contact. Quelqu’un frappa plusieurs coups sur sa vitre. Surprise, la jeune femme tourna la tête dans leur direction. Elle grimaça : Daniel. D’une simple commande automatique, elle descendit la vitre à contrecœur.
-Quelque chose ne va pas? S’enquit-elle en gardant son calme.
-Tu allais donc partir sans m’embrasser après cette superbe soirée? Lança-t-il un brin accusateur.
-Je pensais que tu étais parti aves les invités, dit-elle sur le même ton de la plaisanterie en appuyant sur l’accélérateur pour chauffer le moteur afin de lui montrer qu’elle était sur le point de décamper.
-Il y a quelqu’un qui t’attend chez toi?
-A part mon chat Fifi, personne d’autre.
-Tu veux me faire croire que mise comme tu es, tu vas demeurer seule cette nuit? Tu sais quoi? Il se trouve que je suis libre s’il te faut une présence masculine.
-La présence de mon chat me suffit amplement présentement. De plus, mon lit n’est pas conçu pour supporter les acrobaties d’une tierce personne. Vraiment navrée mon Daniel, merci d’avoir voulu te sacrifier, ironisa t-elle avec un sourire éblouissant.
-Dommage, murmura-t-il avec un rire léger. Je suis un homme au grand cœur, il m’arrive de m’inquiéter pour moi de temps en temps. Quand je serai vieux entouré de ma femme et de mes enfants sans oublier les petits-enfants, toi tu seras seule dans une maison d’accueil entourée de petits vieux qui penseront avoir encore la main. Ils te feront la cour peut-être mais tu les repousseras en leur disant : « Non, pas d’hommes, je suis une sainte! »
       Rageusement, elle appuya à fond sur l’accélérateur tandis que son rire bruyant et moqueur résonnait encore dans ses oreilles.

(...)
Alexa Madrexx

Le roman complet "Forfait parental tout inclus l'intégral" est en vente sur:
 https://www.amazon.ca/Forfait-parental-tout-inclus-Lintégral-ebook/dp/B072R352RH/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1502511345&sr=8-1&keywords=alexa+madrexx

Poésie...

*** courtoisie: Pinterest  "Je te suis comme ton ombre parce que tu me complètes. Me vois-tu? Parce que moi même les yeux ...