lundi 10 juillet 2017

Nouvel extrait de mon roman pour ce bel été


XIV
Les femmes oubliées 
        Léonie s’activait à sécher les cheveux de la fillette de trois et demie qui était assise docilement devant elle. Elle avait de longs cheveux frisés en désordre que Léonie avait pris soin de bien entretenir. Naomi s’était absentée depuis une demi-heure et comme il n’y avait pas beaucoup de clients ce mardi après-midi, la jeune femme ne se sentait pas du tout pressurer. C’était la troisième semaine de suite que la fillette venait faire laver ses cheveux. Léonie avait déduit qu’elle n’avait pas de mère. Elle n’avait pas pu lui poser la question à son arrivée parce qu’elle était muette. Naomi lui avait simplement dit qu’elle avait été témoin de l’assassinat de sa mère qui avait servi de bouclier humain pour la protéger. Les nouvelles qui passaient à la télévision depuis peu relatant la montée de l’insécurité dans les rues de la capitale suite au meurtre de trois personnes à leur domicile respectif l’avaient mis la puce à l’oreille. L’une des victimes s’appelait Tatiana Guillaume et sa fille Mahéva de trois ans et demi. Quand le séchage de ses cheveux fut terminé, Mahéva grimpa sur sa chaise pour la remercier comme elle le faisait toujours : elle lui déposait un baiser sonore sur sa joue. Léonie la serra dans ses bras. Elle savait qu’elle devait garder sa distance avec la fillette mais son instinct lui disait le contraire, elle avait beaucoup trop d’affection pour elle. Quand Mahéva était arrivée pour la toute première fois au salon, elle était très méfiante et piquait des crises nerveuses. Aucune des coiffeuses mises à part Naomi n’avait pu l’approcher. Léonie était en vacances à cette époque. À son retour au salon, elle avait fait la connaissance de Mahéva en pleine crise. Elle l’avait approchée en lui parlant calmement avec tendresse. La fillette était venue se réfugier dans ses bras pour ne plus la lâcher. Depuis ce jour-là, ce fut elle ou Naomi qui en prenait soin pour que la situation ne se reproduisît plus.
-Comment tu te trouves princesse? Demanda Léonie avec un sourire satisfait.
      Mahéva lui rendit un sourire éblouissant.
-Oui tu es une très belle princesse, confirma la jeune femme en riant.
-Léonie? S’étonna une voix masculine derrière son dos.
       Elle eut des frissons qui la figèrent au son de cette voix. Toute à son admiration avec Mahéva, elle n’avait pas entendu le carillon de la porte d’entrée du salon résonner. Quelles étaient ses chances pour rencontrer cet homme sur son lieu de travail? Aussi, elle se retourna avec un sourire platonique plaqué sur ses lèvres pour lui faire face.
-Bonsoir Édouard.
-Waouh! Je ne m’attendais pas à voir ici, reconnut-il apparemment surpris.
-Vous faut-il une coupe de cheveux? Demanda t-elle simplement sous sourciller.
-Non, sourit-il. Je viens récupérer ma fille.
-Votre fille? S’étrangla t-elle.
        Tout à coup, les souvenirs envahirent la mémoire de Léonie. Elle se revit dans le resto-bar avec lui en tête-à-tête entrain d’épancher ses états d’âme, les secrets partagés et surtout le baiser à la fin de la soirée. Mahéva tendit les bras vers Édouard qui la prit dans ses bras. Il la couvrit dans ses bras.
-Mahéva est votre fille, répéta t-elle encore sous le choc de la révélation.
-Oui, admit-il.
-Pourtant je ne vous ai jamais vu venir la chercher, déclara t-elle tout à coup suspicieuse.
-Habituellement, c’est mon garde du corps qui vient, confirma t-il dans un sourire malicieux. J’ai mon après-midi libre et j’ai voulu voir ma fille.
-Bien sûr, dit-elle simplement en se frottant les bras mal à l’aise.
-Combien vous dois-je?
-Cinquante dollars, répondit-elle laconiquement.
-Merci, dit-il en lui tendant un billet de cent dollars haïtiens. Gardez la monnaie. Passez un bon après-midi.
-Merci et au revoir.
        Elle répondit au signe de la main que Mahéva lui envoya avant s’accrocher au cou de son père qui passait la porte principale. Elle le vit saluer chaleureusement Naomi qui revenait avant qu’il installât la fillette dans sa voiture. Elle était encore plantée au même endroit quand Naomi l’interpela  d’une voix moqueuse:
-Houhou! Reviens parmi nous Léonie!
-Je prends une pause, s’excusa Léonie en montant au pas de course les escaliers qui menèrent à l’étage.
            Édouard avait diné en compagnie de sa fille qui s’était familiarisée avec tout le personnel de la maison. Elle s’était attachée aussi à lui. Il aimait la lueur qu’il voyait briller dans ses yeux lorsqu’elle le voyait. La thérapie qu’elle avait amorcée avec Martine, la femme d’Henri avait commencé à porter fruit. Mahéva démontrait davantage d’intérêt pour son environnement et manifestait le désir d’interagir avec les individus dès qu’elle se sentait en sécurité. Il avait voulu que Martine s’impliqua personnellement auprès de sa fille pour accélérer son rétablissement mais il avait été prévenu : le recouvrement de la parole serait circonstanciel et ne dépendrait ni de son pouvoir ni de ses moyens financiers. Martine lui avait affirmé qu’il lui faudrait beaucoup de patience et de l’amour pour y arriver. Pour la toute première fois de sa vie, il se sentit impuissant. Trois mois auparavant, il menait sa vie comme bon lui semblait et le voilà maintenant à apprendre sur le tas le plus vieux métier du monde, celui d’être père. Catherine et Daniel avaient tenu leur promesse : ils le soutenaient dans son nouveau rôle alors qu’ils collaboraient conjointement sur l’enquête pour retracer Roberta qui avait disparu sous le radar de la police. Pour dérider son esprit, il repensa à Léonie. Il sourit en revoyant son visage si fraichement reconstitué dans les limbes de sa mémoire. Il ne s’attendait pas à la revoir. Il croyait même  qu’elle était comme une de ces femmes qu’il croisait souvent dans un resto-bar un soir qui s’estompaient avec l’aurore du lendemain. Elle l’avait captivé mais étant donné qu’il n’avait pas eu ses coordonnées, il avait tout de suite abandonné l’idée de la retrouver pour ensuite recentrer son attention sur les manigances de Tatiana à ce moment-là. Il ferma les yeux à ce rappel douloureux du passé qui fit ressurgir la colère en lui. S’en suivit la même intrigue qui le poussait à découvrir davantage sur cette jeune femme. Elle savait à présent qui il était, peut-être qu’elle n’aurait plus envie de le recroiser. Il en aurait le cœur net une fois cette piste vérifiée. Un mois après la disparition tragique de Tatiana et Roberta toujours en fuite, Édouard avait envie de passer à autre chose sur sa vie personnelle.

-Je n’en reviens toujours pas! S’étonna Naomi en déposant son verre de jus de fruits frais sur le comptoir proche de la caisse tout en regardant Léonie fermer le salon d’un air stupéfait. Tu as rencontré Édouard le jour même de ta rupture avec Jerry puis tu l’as embrassé?
-Nous avons pris un verre, diné ensemble et partagé nos états d’âme, rappela Léonie dans un soupir en revenant vers elle. Je ne connaissais que son prénom tu sais. Je n’avais pas fait le lien avec cet Édouard Devarieux-là!
-C’est de tout un homme dont nous sommes entrain de parler ma chérie, sois prudente, l’avertit Naomi comme une grande sœur.
-Naomi, je sors d’une rupture amoureuse et cet homme vit une tragédie en ce moment, souligna Léonie légèrement agacée. Je ne cherche rien du tout comme tu le sous-entends.
-Sa fille t’aime bien pourtant, insista Naomi en plissant les yeux. Elle a subi un choc émotionnel et à part quelques rares personnes dans son entourage, tu es  la seule qui a un si bon lien avec elle.
-Arrête Nao! Coupa gentiment Léonie. Si je suis devenue trop proche d’une cliente, j’ai dépassé les bornes. Ça ne se produira plus jamais.
-Mmm.... pas si sûre, maintint Naomi.
-Quoi encore? Marmonna Léonie en rangeant le présentoir, exaspérée par la tournure de la conversation.
-Il te plait, n’est-ce pas? Insista Naomi.
-Nao! S’indigna Léonie effarouchée. Tu me connais enfin! Cet homme est tout sauf un ange et que va penser Catherine sans parler de Daniel si... Oh! Je m’agite pour rien, répliqua t-elle en balayant sa réplique d’un geste de la main. Même si, j’ai bien dit s’il me plaisait, je ne peux pas l’apostropher en lui disant « hey beau gosse! Tu me plais, tu sais ». Pathétique! Et puis, il n’a pas fait venir Mahéva depuis une semaine ici.
      Naomi dût se plier en deux pour s’éclater de rire, elle versa même quelques larmes. Quand elle reprit son souffle, elle dit d’un ton sérieux:
-Tu es incorrigible petite sœur! Par contre, tu risques de ne pas trouver la suite drôle.
-Ok, avança Léonie prudemment, et pourquoi ça?
-Suite à des menaces potentielles que Catherine et Thomas ont reçu sur leur lieu de travail  sans côté la cavale de Roberta, Édouard et Martine la thérapeute sont tous d’accord pour limiter les déplacements de la fillette.
-Quel rapport avec moi?
-Tu vas devoir la coiffer chez Édouard.
-Oh non Nao! S’opposa Léonie avec véhémence. Hors de question! Il y a bien avoir d’autres alternatives! C’est pour cela que tu me baratinais avec toutes tes questions? Tu m’as bien eue! Mais c’est non pour moi! Il se prend pour un prince ou quoi?
-Léonie, calme-toi s’il te plait, l’implora Naomi en lui prenant les épaules dans ses mains pour l’apaiser. Je ne te demande pas d’habiter chez lui mais de passer les mardis après-midis pour effectuer les soins capillaires de Mahéva chez son père. Il est très équipé, j’ai moi-même vérifié les installations. Il tient à ce que sa fille aille mieux. Catherine a demandé à chacun de nous d’aider dans la mesure du possible dans ce sens.
-J’y crois pas.
-Des vies sont en jeu Léonie, c’est pour cela qu’on doit se montrer très prudent. Je ne t’enverrais pas là-bas si j’avais la moindre sonnette d’alarme émise par mon instant, plaida Naomi. Dis-moi que tu comprends stp.
-D’accord Nao. Comment on procède?
-Une voiture passera te prendre dans une demi heure pour t’emmener là-bas. Une fois que ce soit terminé, tu reviens à l’institut. Ça te va?
-Ai-je le choix? Soupira t-elle de façon dramatique pour faire rire sa patronne et amie avant de l’embrasser sur la joue.  Ma voiture est arrivée. Je t’appellerai sur la route.
-À plus tard ma chérie.
           Léonie jouait avec son téléphone durant tout le trajet en voiture vers le domicile d’Édouard. Elle avait vérifié la boite de réception de son e-mail, navigué sur les réseaux sociaux et regardé son planning pour la semaine au moins une bonne douzaine de fois. Quand la voiture dépassa la hausse de Pétion-Ville pour s’engager dans les hauteurs, elle tenta de respirer normalement. Elle se surprit à se demander si sa robe d’été  qui dévoilait légèrement sa poitrine généreuse et qui s’ouvrait en corolle autour de sa taille était suffisamment seyante pour rencontrer le père d’une cliente à domicile. Elle chassa cette idée ridicule de son esprit en se persuadant qu’elle était en tenue décente et présentable. La voiture se gara alors qu’elle se demandait encore si le maitre des lieux était présent. Elle n’avait pas repéré la Porsche. Il devait travailler à l’heure qu’il était, on était encore en début d’après-midi. Le chauffeur l’introduit auprès de Sif qui la présenta à la gouvernante de la maison, une dame d’âge mûr habillé de manière élégante qui s’appelait Constance. Elle l’accueillit chaleureusement et lui offrit des rafraichissements. Léonie fut agréablement surprise par la courtoisie du personnel à son égard étant donné qu’elle était qu’une simple coiffeuse qui venait faire son travail. Quelques minutes plus tard, Constance la conduit auprès de Mahéva qui les attendait dans sa chambre à l’étage. Léonie retint de justesse une exclamation d’ébahissement : la superficie de la pièce rappelait davantage celle d’un appartement tout meublé qu’une chambre d’enfant. Il y avait tellement de jouets et de livres qu’on aurait dit que Mahéva avait vécu ici depuis sa naissance. Au son de la voix de Léonie, elle vint spontanément se jeter dans ses bras. La jeune femme qui avait pris la résolution de garder une distance professionnelle avec elle ne put la tenir devant l’avalanche d’émotions qui l’envahissaient quand son étreinte se resserra sur la fillette.
-Je suis heureuse que vous vous entendiez aussi bien, affirma Constance dans un sourire franc en touchant le bras de Mahéva. Elle a vécu tout un drame cette petite et le fait de savoir qu’elle a une figure maternelle à qui s’identifier est une bonne chose.
-Elle est adorable, admit Léonie en souriant à son tour. Mais je ne suis que sa coiffeuse vous savez, crut-elle bon de clarifier.
-Monsieur Devarieux n’a pas confiance en tout le monde mais ses vrais amis sont des gens en or, reprit Constance avec la même assurance. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je serai en bas. Vous n’aurez qu’à m’appeler.
-Merci.
        Léonie ne sut que penser de ces derniers mots mais Mahéva la dérida de ses réflexions en la prenant résolument par le bras pour lui faire visiter sa chambre. Naomi avait raison : la salle de bain était vraiment bien équipé. Par des gestes et des sons, elle lui montra ce qu’elle pensa important à ses yeux dans son sanctuaire. Elle semblait bien s’y plaire. Léonie passa la prochaine heure à faire les soins capillaires de Mahéva dans une atmosphère légère ponctuée d’éclat de rires et de chatouillements. Elle ne s’était sentie aussi détendue depuis sa rupture avec Jerry. Elle finissait d’attacher les nattes joliment tressées quand la porte de la chambre s’ouvrit derrière elle. Avant qu’elle n’eût le temps de se retourner, Mahéva descendit de sa chaise pour  courir vers Édouard qui la souleva dans ses bras. Léonie le regarda dans le miroir de la coiffeuse mais baissa tout de suite les yeux quand son regard croisa le sien. Elle essuya son matériel pour les mettre dans son sac comme si de rien n’était.
-Bonsoir, lança t-il d’une voix chaleureuse.
-Bonsoir, répondit-elle hâtivement sans se retourner. Nous avons fini.
-C’est ce que je vois. Elle est magnifique, complimenta Édouard.
-Bon, je vais partir à présent, annonça t-elle résolument en essayant d’ignorant le regard triste que Mahéva lui lançait.
-Pourquoi si vite? Je ne vous chasse pas j’espère?
-Mais non, j’ai fini. Votre chauffeur peut-il me ramener au salon svp? Esquiva Léonie en se retournant vers lui.
       Au lieu de répondre, il la déshabilla du regard et chose étrange, Léonie avala sa salive parce qu’elle ressentit la même force d’attraction qu’il y avait entre eux la première fois qu’elle l’avait rencontré. Elle baissa les yeux une fois de plus ne sachant pas trop quoi dire. Elle n’était pas de nature timide mais elle ne savait pas quoi faire à cet instant précis, surtout quand elle comprit la vraie raison qui l’avait amené à coiffer Mahéva chez son père.
-Ma puce, tu veux bien descendre retrouver Constance? Je t’ai acheté des surprises, annonça t-il à Mahéva.
       Mahéva poussa des petits cris d’excitation et se précipita dans l’escalier pour aller rejoindre Constance comme son père lui avait demandé. Ce dernier referma la porte derrière elle.
-Vous ne me toucherez pas! L’avertit Léonie horrifiée.
-Comment? S’étonna Édouard en sourcillant.
-Si vous croyez que je vais me laisser intimider par votre carrure et votre statut pour abuser de moi, vous vous pourvoyez! Persiffla t-elle en levant le menton.
-Oh!
       Il s’approcha lentement d’elle en gardant le contact visuel. Peu à peu, l’hostilité qui brillait au fond des yeux de Léonie se mua en quelque chose d’autre qu’il ne put identifier pour l’instant. Elle était blessée tout comme lui, elle n’allait pas se laisser conquérir facilement. Léonie retint son souffle au fur et à mesure qu’Édouard s’approchait d’elle. S’il avait voulu la maitriser et l’abuser comme elle l’accusait, il en aurait eu l’occasion quand ils s’étaient rencontrés pour la première fois. Elle était montée en voiture avec lui et à aucun moment elle s’était sentie piégée ou menacée. Elle crut défaillir quand il s’arrêta à quelques centimètres de son visage pour lui demander dans un souffle :
-Tu me crois vraiment capable d’une monstruosité après ce qu’on a partagé?
-Pourquoi m’as-tu fait venir ici? S’enquit-elle sur le même ton.
-J’avais envie de te revoir. Léonie, je veux t’embrasser.
-Oh!
       Il s’empara de ses lèvres avec une incroyable douceur pour vaincre l’ultime résistance qu’elle tenta vainement de lui opposer. Elle répondit à son baiser les yeux fermés, suspendue à ses bras comme à une bouée de sauvetage. Elle se sentait en sécurité. Il introduisit sa langue dans sa bouche pour approfondir leur baiser. Elle passa les bras autour de son cou pour se coller à lui. Elle avait toujours imaginé une nuit d’amour dans ses bras, elle en avait une petite idée en ce moment même. À mesure que les mains d’Édouard parcouraient son dos et caressaient son corps embrasé par la passion qu’elle croyait éteinte, ses hanches se cambraient contre les siens pour retrouver le renflement incandescent de son sexe que son pantalon peinait à tenir. Elle gémit quand il lui mordilla le cou et agrippa ses fesses rondes dans ses mains possessives qui exigeaient davantage à chaque caresse. Elle suça le lobe de son oreille gauche avant de lécher la ligne de sa mâchoire pour descendre à sa gorge. Ensuite, elle reprit ses lèvres humides pour l’embrasser de nouveau.
-Si je ne me contrôlais pas je t’aurais fait l’amour là tout de suite, lui avoua Édouard en caressant son visage.
-J’en ai envie autant que toi mais je ne veux pas le faire dans la chambre de Mahéva, sourit-elle en glissant une main sous sa chemise.
-Et moi je veux prendre tout mon temps pour te faire l’amour Léonie, je ne veux pas te prendre à la va-vite, promit-il les yeux sombres de désir.
-Édouard, je... je n’avais pas prévu ça, avoua t-elle après une seconde d’hésitation. Je ne sais même plus ce qui est raisonnable quand je suis près de toi.
      Sans un mot, il appela Constance sur son téléphone portable pour lui ordonner de s’occuper de Mahéva pour le reste de l’après-midi. Il précisa également qu’on ne vînt pas les déranger. Léonie eut un sourire gêné à cette directive. Elle se mordit les lèvres mais elle n’eut aucun doute sur la suite des choses. De son côté, elle avertit Naomi par texto qu’elle ne serait pas disponible pour le reste de la journée.
-Tu veux rester avec moi? Demanda t-il pour éviter tout malentendu.
-Oui, je suis sûre.
       Donc, il la prit par la main pour l’amener vers l’autre aile de l’étage où se trouvait sa chambre. Le cœur de Léonie battait à tout rompre : elle n’avait jamais fait quelque chose d’aussi insensée et d’aussi spontanée. Son instinct lui disait que cet homme était différent et sa raison semblait se pencher sur cette même thèse. Il était trop tôt pour parler de sentiments mais le désir et leur passé amoureux faisaient office d’attraction d’une puissance qui les dépassait. Aussi, quand Léonie entra dans sa chambre et qu’il la regarda comme si elle était l’une des sept merveilles du monde, elle sut qu’elle était à sa place. Édouard se sentait comme l’homme le plus heureux du monde. Léonie avait accepté de rester avec lui malgré qu’ils se connussent à peine. Il avait vu de quelle manière elle interagissait avec sa fille, le lien qu’elles avaient tissé ensemble et le bénéfice que cela représentait à moyen-terme et à long-terme. Quant à lui, sa rencontre avec elle l’avait marqué au point de vouloir rompre avec Tatiana et envisager une relation saine et durable pour la première fois de sa vie. Il s’emballait peut-être trop rapidement mais il l’avait senti à la minute qu’ils s’étaient parlés au resto-bar. Il avait partagé son histoire avec Daniel avec qui il était redevenu proche depuis la mort tragique des deux sœurs Guillaume. Daniel lui avait même dit que c’était un signe qu’il avait tourné la page au passé et qu’il était près à aimer à nouveau. Il était père et savait ce qu’il voulait. Pour Léonie ce serait plus long. Il saurait se montrer patient.
       Édouard l’accota à la porte de la chambre fermée pour l’embrasser goulument cette fois-ci. Elle lui répondit avec une ferveur qui le ravit. Ses mains cherchèrent fébrilement la boucle de sa ceinture qu’elle arriva à détacher pour ensuite glisser sa main à l’intérieur de son caleçon. Édouard murmura son nom contre son oreille. C’était si bon d’être à sa merci et l’entendre ronronner de plaisir. Elle le caressa jusqu’à le rendre fou. Il la plaqua sur la porte et immobilisa ses deux mains. Il se débarrassa de sa chemise et de son pantalon pour ne garder que son caleçon. Léonie ouvrit de grands yeux devant toutes les promesses indécentes qu’elle décela dans ses yeux sombres. Puis, il s’agenouilla à ses pieds. Il remonta sa robe en corolle jusqu’à sa taille et saisit les rebords de sa culotte afin de la faire glisser le long de ses cuisses pour la lui enlever. Elle n’avait jamais vécu un supplice aussi exquis. Elle le pressait de se dépêchait alors ce que quelques instants plus tard, elle le suppliait de prendre tout son temps pour faire durer le plaisir. Édouard sourit avant d’aspirer son intimité qu’il délecta tel le plus précieux des nectars. Elle cria son nom en jouissant. Elle s’excusa par la suite d’avoir crié toute gênée parce que c’était trop bon. Ils rirent tous les deux avant de regagner le lit. Elle enleva sa robe avant de se coucher auprès de lui. Ils n’avaient pas trop parlé. Ils se regardèrent tout en se touchant, les mots furent inutiles car leurs sens s’exprimaient bien. Lorsque Léonie proposa de s’occuper de lui, il accepta de bon cœur. Leurs ébats se prolongèrent jusqu’en fin d’après-midi.
       Ils dinèrent tous les trois ensemble et Léonie put participer au rituel du dodo de Mahéva. Elle découvrit la prévenance d’Édouard qui voulait à tout prix que sa fille alla mieux. Vers vingt-deux heures après avoir fait l’amour, Édouard la raccompagna chez elle et Léonie prit soin cette fois-ci de lui donner ses coordonnées. Ils s’embrassèrent comme la première fois mais avant qu’elle ne rentrât chez sa mère, Édouard descendit de sa voiture pour la rejoindre sur le perron en trois grandes enjambées.
-Ça va? J’ai oublié quelque chose? Est-ce que c’est Mahéva? Interrogea t-elle soucieuse.
-Non, rassure-toi, je ne peux pas me passer de toi et ça me rend dingue. Je n’ai pas l’habitude, lui confia t-il avec un regard perdu.
-C’était une grande première pour moi aussi et sur bien des domaines, le rassura t-elle avec un sourire. Embrasse-moi puis rentre. Tu me textes une fois rentrer si tu veux.
-Mieux, je t’appellerai.
-Bonne nuit Édouard.
-Bonne nuit ma Léonie.
        Ils s’embrassèrent tendrement. Édouard attendit qu’elle verrouillât sa porte avant de démarrer sa voiture afin de reprendre la route. Il venait de faire une découverte stupéfiante. À travers l’innocence et la blessure récente de cette jeune femme, il était entrain de trouver sa rédemption. Comme l’avait prévenu Daniel, s’il était chanceux il tomberait de nouveau amoureux pour les bonnes raisons.

          Amanda avait rendez-vous au salon de coiffure de Naomi avec Catherine et Béatrice pour essayer sa coiffure pour le mariage et faire un relooking. Ce samedi, elle avait décidé de se détendre et de se reposer avec ses amies. Quand elle avait annoncé à Thomas qu’elle portait leur bébé, il l’avait serrée jusqu’à l’étouffer. La seule remontrance à laquelle elle avait eu droit était qu’elle avait mis trop longtemps pour lui annoncer la nouvelle. Le soutien et l’amour de ses proches lui avaient insufflé un regain d’énergie et d’assurance qui se ressentait dans son travail et la préparation de son mariage. Elle avait même devancé la date pour la fin du moins de février pour se permettre de rentrer dans sa belle robe de mariée avant que son bedon s’arrondît davantage. Ce fut de le cœur léger qu’elle rit aux éclats aux anecdotes pimentés des femmes présentes alors qu’elles se faisaient toutes bichonnées par les employées de Naomi et de Léonie. Cette dernière s’était rapprochée d’elles depuis le mariage de Catherine.
-J’en ai une bonne pour vous les filles, annonça Naomi joyeusement à la bande pendant qu’elle s’activaient à enlever les bigoudis dans les cheveux de Catherine.
-Ah oui! Parle! L’encouragea Béatrice toute excitée.
       Catherine et Amanda gloussèrent devant la réaction hilare de Béa. Naomi lança un regard chargé de sous-entendus à Léonie qui coiffait Amanda avant de lâcher sur un air malicieux:
-Vous ne devinerez jamais qui est la nouvelle petite amie d’Édouard.
-Naomi! Tenta vainement de riposter Léonie.
-Hein? S’étonna Béatrice en bondissante de sa chaise. Ouche!
     En bougeant, sa mèche de cheveux était restée entre les doigts de la coiffeuse qui lui enlevait ses bigoudis.
-Reste tranquille enfin! Lui intima Catherine en riant. Je sais qu’il a l’intention de venir accompagné au diner prénuptial mais sans plus.
-Attends une minute! Objecta Béatrice. C’est Léonie, n’est-ce pas? C’est toi qui coiffes Mahéva toutes les semaines chez son père depuis un bout de temps.
-Oh! S’étonna Catherine. Je ne l’aurais jamais deviné toute seule en effet. Wow! Cette famille est incroyable définitivement et ses proches également.
-Je ne te le fais pas dire, gloussa Amanda. Pour une surprise, c’en est une! Tu allais nous le dire quand? Demanda t-elle à l’intéressée en regardant son reflet dans le miroir.
-Tout est arrivé si vite et je... je ne sais pas à quoi m’attendre avec lui, bafouilla Léonie en haussant les épaules. On n’en a pas parlé et ça ne me dérange pas.
-Je n’en suis pas si sûre, réfuta Béatrice en plissant les yeux. Tu l’aimes déjà?
      Léonie détourna le regard pour cacher son visage dans ses mains. Naomi regretta amèrement de l’avoir mise sur la sellette ainsi mais ne sut pas comment rectifier le tir. Elle lança un regard de détresse à Catherine qui comprit immédiatement. Elle alla trouver Léonie qui s’était réfugiée dans un coin proche d’un sèche-cheveux pour pleurer. Amanda reprit la conversation sur la préparation sur son mariage pour alléger l’atmosphère.
-Léonie? L’appela Catherine.
-Je ne sais pas quoi leur dire, murmura Léonie. Je le connais à peine mais j’ai l’impression de le connaître depuis toujours. Sa fille est devenue comme la perle de mes yeux et...
       Elle marqua une pause puis se résolut à soutenir le regard inquisiteur de Catherine :
-Si je ne suis qu’une aventure pour lui Catherine, je ne pourrai pas m’en remettre, compléta t-elle complètement perdue.
-Je ne crois pas que ce soit pas qu’une aventure pour lui si je me fie à sa manière de parler de toi à mon mari, relata Catherine posément.
-Il parle de moi? S’étonna Léonie les yeux arrondis par l’émoi.
-Oui, répondit Catherine en souriant avec bienveillance. De ta douceur, ta prévenance et surtout de ton attachement auprès de Mahéva. Crois-tu qu’Édouard t’aurait laissé approcher sa fille si il avait un doute sur ta bonne foi?
-Je... non.
-Quand cette tragédie sera derrière nous, nous aurons tous besoin d’un rayon de soleil pour repartir sur de nouvelles bases. Tu as trouvé la sienne et je pense que lui aussi.
-Merci Catherine.
-Allons rejoindre les autres avant qu’elles ne s’imaginent un feuilleton sur notre dos.
        Main dans la main, elles rejoignirent les jeunes femmes qui riaient à gorge déployée à une blague que Béatrice venait de leur raconter. La vie tumultueuse, les meurtres et l’enquête paressaient si loin à ce moment précis.
           Des éclats de voix joyeux remplissaient la pièce dont l’atmosphère était très festive. Les conversations étaient riches et de temps à autre des rires fusaient d’un part et d’autre. Les invités étaient tous somptueusement vêtus pour l’occasion de ce diner qui se tenait à la grande salle de réception d’un des hôtels prisés de la ville. Amanda n’avait pas exagéré lorsqu’elle avait parlé de l’éventualité que les gens d’affaires fussent conviés à son mariage. Catherine reconnut beaucoup d’entre eux avec lesquels elle échangea quelques mots. Il y avait tellement de personnes qu’on aurait pu se perdre. Les futurs mariés semblaient heureux et ce qui importait le plus. La sécurité avait été renforcé et les invités passés en revue systématique aux entrées. Édouard était bel et bien venu accompagné de Léonie qui s’était mise sur son trente et un. Amanda les avait réservé une table proche de la sienne avec celle des membres de sa fille. Édouard se retrouva assis au côté de Daniel avec qui il échangea des mots discrets une bonne partie de la soirée. Catherine était détendue car tout se déroulait comme prévu. Si la réception prénuptiale avait un tel succès, le mariage allait battre des records, sourit-elle en son fort antérieur. Elle passa sa soirée à converser avec Béatrice, Amanda et Léonie. Un peu plus tard, Léonie s’excusa auprès du groupe pour se rendre aux toilettes. Les autres femmes continuèrent à discuter en buvant des cocktails à faible teneur d’alcool sans l’ombre d’un doute.
       Édouard fut le premier à être en alerte. Il sentit son sixième sens le dicter que quelque chose n’allait pas. Il relut le message qu’il avait envoyé un peu plus tôt à Constance qui l’avait confirmé que Mahéva dormait paisiblement dans sa chambre. Il se rendit compte que cela faisait une quinzaine de minutes qu’il n’avait pas vu Léonie. Il fronça les sourcils lorsqu’il constata que son sac à mains était resté sur la table près de lui avec son téléphone portable à l’intérieur. D’instinct, il porta la main à sa ceinture où était dissimulée son arme sous sa veste puis balaya la foule du regard. Pas de trace de Léonie. Daniel s’était éloigné pour retrouver Catherine. Cependant, il perçut la tension d’Édouard même à quelques mètres de distances. Instinctivement, il agrippa la main de Catherine qui lui jeta un regard surpris :
-Quelque chose ne va pas? Interrogea t-elle.
-Édouard est contrarié, observa t-il en fronçant les sourcils.
     Ce dernier vint les rejoindre en quelques enjambées.
-Vous avez vu Léonie? Demanda t-il très inquiet.
-Elle ne t’a pas rejointe? S’étonna à son tour Béatrice en sourcillant. Elle est allée aux toilettes mais ça fait plus de vingt minutes.
-Merde! Jura Daniel.
-Qu’est-ce qui a? S’enquit Catherine d’une voix effarée.
-Catherine! Cria Amanda en courant vers elle en pleurant.
        Amanda bousculait les gens pour arriver auprès d’eux avant de se jeter dans les bras de Catherine. L’ambiance festive s’était envolée comme par magie.
-Ils l’ont kidnappé! Cria t-elle en tremblant de nervosité.
-Calme-toi! L’intima Catherine en la tenant par les épaules. Qui a kidnappé qui?
-On a enlevé Thomas! Annonça t-elle avant de fondre en larmes.
-Et Léonie a disparu, compléta Édouard en scrutant la foule au peigne fin. Je crois que la fête est officiellement terminée.
-Que personne ne sorte avant l’arrivée de la police! Ordonna Daniel d’une voix forte à l’assemblée qui était en proie à un émoi sans précédent.
-Qu’allons-nous faire? Demanda Catherine choquée.
-Retrouver cette folle avant qu’elle ne fasse d’autres victimes innocentes.
          Roberta se glissa derrière le volant d’un vieux pickup qu’elle avait volé quelques heures plus tôt. Elle avait payé un jeune brigand pour l’aider à maitriser Thomas. Il ne l’avait pas reconnu sous son déguisement de serveuse dans l’hôtel. Elle l’avait suivi quand il s’était rendu aux toilettes et l’avait assommé violemment avec un chandelier décoratif. Il s’était effondré sur le sol après avoir perdu connaissance. Un instant, elle avait eu peur de l’avoir tué mais sa respiration régulière l’avait rassurée. Son plan se déroulait comme prévu jusqu’à ce que Léonie tombât sur elle et son complice entrain de transporter le corps de Thomas. Le jeune homme avait dû enlever le témoin pour ne pas réveiller les soupçons de quiconque. Une fois ligotés et jetés derrière le pickup, Roberta descendit son complice au lieu de le payer. Elle se dirigea par la suite vers la voiture avec un sourire satisfait sur les lèvres prête à tout pour parvenir à ses fins.
À suivre...

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Alexa Madrexx


1 commentaire:

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