vendredi 3 février 2017

Extrait du tome 2 de mon roman Forfait parental tout inclus: l'autre famille dans le placard


(...)

Ce dimanche-là, Daniel, Catherine et leur petite fille endormie arrivèrent à la maison des Abellard qui se trouvait à quelques pâtés de rues de celle de Daniella. Ce sont les parents de la jeune femme qui avait encouragé Daniella, jeune mère monoparentale à l’époque, d’acquérir une maison à prix modique proche d’eux pour que le jeune adolescent qu’il était soit proche de ses amis. Paul Abellard avait prétendu avoir eu une reprise bancaire de la maison cossue mais très bien construite au goût de l’époque pour que la jeune maman ne l’achète à un prix dérisoire. Ce ne fut que quelques années plus tard qu’elle apprit que la femme de ce dernier, Mathilde Abellard, l’avait encouragé à lui offrir la maison pour l’aider à offrir le meilleur à son fils. Daniella avait pleuré sa vie sur les épaules de Mathilde qui elle aussi avait quelques larmes en lui confiant que si ils lui avaient dit la vérité au départ, ils auraient essayé un refus.
       Daniella riait aux éclats avec Mathilde tout en l’aidant à mettre la table secondée par l’employée de la maison. Paul était avec le reste du clan lorsque le couple fit leur entrée au salon qui fit ponctuer par des cris joyeux.  Henri et Martine immédiatement à leur rencontre; Henri donna une accolade à son meilleur ami  qui était aussi le parrain de Stéphanie pendant que Martine étouffait Catherine dans une embrassade à n’en plus finir.  Catherine eut du mal à s’en défaire et quand elle put se libérer de son emprise, son répit fut de courte durée car ses sœurs l’entrainèrent immédiatement dans le patio de la cour arrière dans une effusion hystérique de futures demoiselles d’honneur.  Martine ferma la marche en trottinant sur ses talons. Elle ne put que jeter un bref coup d’œil à Daniel qui lui murmura un « je t’aime » avant qu’elle ne disparaisse de son champ de vision.
-Waouh! S’exclama t-il en regardant Karina qui venait de se réveiller dans son siège. Tu as vu ça? Maman vient de se faire enlever par une meute de demoiselles d’honneur en furie.
-J’imagine sans peine à quoi ressemblera sa soirée d’enterrement de vie de jeune fille, s’esclaffa Henri en se tenant les côtes aux prises avec un fou rire.
-Tu as intérêt à sauver la race! Lui lança Daniel en prenant son ton le plus sérieux. Je ne veux pas être disgracié par mon témoin.
-Tout doux l’ami! N’oublie pas que j’ai l’expérience en la matière. Je ne t’ai pas déçu la première fois et tu avais bien aimé. Et merde! Excuse-moi Dany, ça m’a échappé, regretta t-il embarrassé.
-T’en fais pas, le rassura son ami avec son plus beau sourire. Elle fait partie de mon passé. Elle n’est plus qu’un pâle souvenir après quatre ans. Avec Catherine c’est différent, ça n’a rien de comparable. Elle ne lui arrive même pas à la cheville.
-Tu l’aimes vraiment, murmura un Henri profondément touché.
      C’était davantage une affirmation qu’une question.
-Tiens! Lui intima t-il en lui mettant Karina dans ses bras. Elle a besoin d’être changée. Tu es mon témoin alors rends-toi utile. Je vais saluer tes parents.
-Oui mon général, ria Henri en prenant également le sac de bébé qui était sur l’épaule de Daniel.
        Pourtant, une fois qu’il se retrouva seul, il ne bougea pas d’un pouce: il resta planter dans le hall d’entrée tandis qu’il était basculé dans les affres du passé. Un éclair douloureux passa dans ses yeux lorsque l’image du visage de Tatiana Guillaume passa dans sa mémoire. Une beauté haïtienne arrogante, peau noire satinée, lèvres pulpeuses, yeux bridés, aussi grande que lui, très ambitieuse, architecte comme lui. La seule émotion qui lui monta au cœur à son souvenir était la morsure de sa trahison passée quelques semaines avant leur mariage quatre ans auparavant: elle avait couché avec un de ses ex-copains alors qu’il était en voyage à l’étranger. Elle lui avait brisé le cœur alors qu’il avait voulu lui offrir tout ce qu’elle aurait pu désirer et exiger. Il soupira en se remémorant le motif de son absence dans un délai si proche de leur cérémonie de mariage : il prenait des traitements contre la fertilité au Canada et attendait les résultats de contrôle des tests d’une clinique spécialisée qui semblait très prometteurs. C’était son cadeau de mariage pour elle, du moins ce qu’il avait prévu lui annoncer et elle avait tout gâché. Au fait, au cours des douze derniers mois de leurs fréquentations, il ne se rappelait pas qu’ils avaient franchement parlé fonder une famille. Ils étaient jeunes, fougueux et au summum de leur carrière, l’idée ne leur avait même pas fleuré l’esprit. Elle en avait parlé quand il lui avait avoué avoir des problèmes à ce niveau; elle avait ri et répliqué gaiement que l’adoption était envisageable. Il ferma les yeux pour prendre une grande respiration. C’était une époque révolue; il devait laisser les squelettes dormir profondément dans le placard de sa mémoire où il les avait reléguées.
    Il sursauta légèrement lorsqu’une main serra son épaule droite. Daniella, sa copie féminine, lui embrassa la joue.
-Bonsoir man, je ne t’ai pas entendu approcher, s’excusa t-il.
-J’avais remarqué. Je ne crois pas qu’il est fait exprès d’évoquer cette histoire, ajouta t-elle d’une voix basse contre son oreille.
-De qui parles-tu? S’étonna t-il franchement.
-Henri, fit sa mère en arquant un sourcil tout en pointant un index vers lui. Arrête de penser à ça et ne laisse pas son souvenir assombrir ton présent. Tu as un vrai foyer maintenant.
    Il prit quelques minutes avant d’acquiescer avec un hochement de tête :
-Catherine et Abby sont toutes ma vie et je ne laisserai personne gâcher cela.
-Je sais. Viens saluer Paul et Mathilde, ils sont impatients de te voir.
    Bras dessus bras dessous, ils s’en allèrent toutes les deux vers la grande salle à la manger qui était déjà bien animé.
           Un peu plus tard, Mathilde et Paul demandèrent à Catherine et à Daniel de les rejoindre dans leur bibliothèque. Karina dormait paisiblement dans les bras de Daniella assistait elle aussi à l’entretien. Mathilde portait une robe longue fleurie qui lui couvrait les orteils. Elle paraissait encore plus élancée et plus majestueuse qu’à l’accoutumée dans cette tenue, d’autant plus qu’elle avait coiffé ses cheveux en un chignon lâche qui la rajeunissait. Pour bijoux, elle portait des perles nacrés aux oreilles et autour du cou. Paul avait opté pour une tenue décontracté : chandail polo, pantalon de flanelle et des mocassins. Malgré ses trente-quatre ans, la jeune femme ressentit une nervosité face à ses parents qu’elle tenta vainement de dissiper. C’était tout particulièrement sa mère qui lui faisait cet effet-là. Elle n’avait aucune idée du motif de cette réunion impromptue. Elle jeta un coup d’œil à Daniel qui restait égal à lui-même.
-Vous vous demandez sûrement pourquoi nous avons tenu à vous rencontrer après le départ des autres, débuta sa mère avec un sourire bienveillant sur ses lèvres.
-Ta requête m’a surprise en effet, avoua Catherine qui se détendait peu à peu.
-Nous savons à quel point tu détestes les annonces publiques, dit son père alors nous allons le faire entre nous car vous êtes les principaux bénéficiaires de toute façon.
-De quoi s’agit-il? Demanda calmement Daniel.
      Mathilde, émotive comme toujours avant une annonce importante, retint un sanglot puis fit signe à Daniella et à Paul de s’approcher.
-Ok, fit Catherine en se levant lentement, qu’est-ce que vous mijoter? Papa? Man Da?
    Catherine ainsi que ses frères et sœurs appelaient Daniella Man Da depuis leur enfance.
-Ceci est notre cadeau de mariage, annonça solennellement Paul en lui remettant une enveloppe.
-Mon Dieu, qu’est-ce que c’est? S’étonna Daniel la gorge nouée par l’émotion.
-Ce n’est ni une maison ni une voiture, affirma sa mère les yeux brillant de larmes à peine contenues, vous avez déjà tout cela.
-Qu’est-ce que tu attends pour l’ouvrir? Intima Mathilde avec humeur à sa fille.
-Ok, ok. Oh mon Dieu, chéri viens voir ça!
       Catherine fut parcourue de longs frissons et ses doigts tremblèrent sur la feuille de papier dépliée. Elle l’aurait laissée choir par terre si Daniel ne l’avait pas tenue dans ses bras.
-Vous avez payé la salle de réception au Marriott de Port-au-Prince? S’exclama Daniel encore sous le choc. Vous avez fait ça?
-Oui mes enfants! Nous l’avons fait, confirma Paul avec un sourire satisfait tout en serrant tendrement la main de sa femme.
-C’est pour cela tu n’arrêtais pas de me demander quand j’allais me décider pour la choisir! S’exclama Catherine à Mathilde dans un fou rire à mi chemin entre un sanglot. Merci, murmura t-elle en serrant tour à tour sa mère et sa future belle-mère dans ses bras.
       Paul prit Karina dans ses bras après avoir donné une belle accolade à son futur beau-fils qu’il avait toujours considéré comme l’un des leurs depuis des lustres. Riant et pleurant à la fois, Catherine Abellard sentit qu’à ce moment-là qu’elle était la femme la plus bénie au monde tellement qu’elle était heureuse.
VII
L’amoureux d’Amanda Leroyer
               Une belle jeune femme d’environ une trentaine d’année était attablée à la terrasse du restaurant italien El Vigneto à Pétion-Ville malgré la chaleur tropicale. Par chance, de grands parasols sur les tables extérieures les protégeaient les clients du soleil éblouissant qui dardait ses rayons cuisants sur l’heure du midi, ce qui avait eu pour augmenter la température au sol. De plus, l’entrebâillement de la double porte qui menait au bar à l’intérieur laissa échapper des brises fraiches de l’air climatisé. Les gens bavardaient autour d’elle : la plupart appartenait au monde des affaires et venaient prendre une pause ou de parler de boulot dans un cadre agréable. Elle portait un grand chapeau à larges rebords incurvés avec de grandes lunettes noires griffées qui masquaient ses yeux noisette; son corps aux courbes sensuelles était moulé dans une robe deux pièces rose pâle. Ses lèvres étaient colorées par un baume à lèvres rose nacré qui rehaussait leur couleur rose naturelle. Son teint clair était bruni par son exposition au soleil et ses joues étaient rosées. Elle croisa ses jambes élancées tout en feuilletant le menu sans le voir. Elle ignorait totalement les regards aguicheurs que lui lançaient les hommes présents : blancs ou noirs ou mulâtres, ils étaient tous subjugués par cette créature de rêve métissée, habillée de surcroit comme une gravure de mode. Sa chevelure frisée volumineuse était retenue par un ruban de cachemire rose et blanc pour éviter qu’elle ait trop chaud. Elle jeta un coup d’œil sur sa montre : midi exactement. Elle avait l’impression qu’elle attendait depuis une éternité alors qu’elle était arrivée quarante minutes d’avance. Amanda Leroyer attendait Catherine pour midi trente. Elle soupira de lassitude avant de prendre une gorgée de jus de corossol frappé qui la fit frissonner. Lorsque le serveur lui demanda poliment si elle avait encore besoin de commander autre chose avant l’arrivée de son amie, elle se contenta de répondre simplement avec un signe de négation de la tête. Elle était très préoccupée presqu’à fleur de peau. Elle sursauta lorsque son téléphone vibra dans son sac à main. Lorsqu’elle arriva à l’extirper maladroitement de son sac, elle expira profondément après avoir lu le texto  qui disait : « Ne t’inquiète pas mon amour, tout se passera bien. Elle est une femme superbe et aussi ma meilleure amie, elle comprendra. Tu as tenu à lui parler seule et je te respecte pour cela. Je t’aime, reviens-moi vite, Tom ». La jeune femme sentit son cœur gonfler d’amour et la culpabilité qui l’étreignait le cœur desserrait peu à peu sa poigne de fer. Elle lui répondit avec ses doigts agiles aux ongles parfaitement manucurées qui s’agitèrent habilement sur l’écran tactile de son téléphone : « Je trouve le temps long. Dès que j’aurai fini, je te rejoins mon amour, Mandy ». Elle aurait donné n’importe quoi pour être dans ses bras en ce moment mais elle lui fallait parler à Catherine. Elle avait voulu l’affronter seule car au nom de leurs excellents rapports de travail à « La Main Tendue », elle lui devait la vérité. Or la solide relation qui liait sa patronne à Thomas Lafontant, Amanda ne voulait pas tout gâcher. Elle avait l’impression de trahir Catherine en sortant avec lui mais c’était plus fort qu’elle. (...) 

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Alexa Madrexx

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