vendredi 16 décembre 2016

Tu étais un enfant


Tu étais un enfant
Te rappelles-tu quand tu n’existais pas pour eux?
Je sentais malgré leurs railleries ton souffle tiède
Qui me prévenait déjà que tu allais venir.
Te souviens-tu quand tu étais venu?
Qu’enfin tu étais là au creux de mes entrailles
Et que tu respirais, chantais, pleurais même
En duo avec ma voix que tu trouvais mélodieuse?
Te rappelles-tu quand tu grandissais au fond de moi?
Tu brillais de toute ton innocence et de ta fragilité
Qui m’extasiaient en même temps qui m’inquiétaient.
Te souviens-tu du moment que tu allais voir le jour?
Tu me priais vite de te mettre au monde
Afin que tu puisses contempler la reine de beauté
Que j’étais pour toi et que tu peinais à sortir,
Parce que tu avais peur de me faire souffrir.
Te souviens-tu de mes premières larmes
Quand tes petites lèvres avaient pris mon sein?
Te rappelles-tu du jour de ton premier anniversaire?
De ta première dent, ta première cuillère ou de ton premier bain?
Combien tu étais heureux parce que je te souriais,
Parce que je t’admirais toi ma première idole.
Te souviens-tu quand tu voulais être seul?
Quand je m’inquiétais trop souvent à ton goût
Et tu me rassurais avant de t’enfermer dans ta tour d’ivoire?
Te souviens-tu de ta première copine?
Celle que tu avais ramenée à la maison un dimanche matin,
Pendant que je préparais le diner familial?
Tu avais déposé un long baiser sur ma joue tiède
Et m’avais murmuré que je demeurerais la première dans ton coeur?
Te rappelles-tu de tout cela?
Tu as grandi et je suis devenue l’inconnue:
Tu m’as reléguée en arrière-plan malgré ma peine
Et je t’ai agacé alors que j’ai voulu te consoler.
Tu es devenu un homme et tu m’as reniée.
Tu n’as pas remarqué mon coeur qui saignait
Ni les larmes amères qui baignaient mon visage;
J’étais ta raison d’être, ton étoile dans la nuit auparavant,
Tu étais le soleil de mes jours tristes et ma plus grande oeuvre.
En ce jour de printemps durant lequel je te prévenais des maux du monde,
Tu t’es dégagé brusquement de mon étreinte en me ripostant
Que tu n’étais plus un gamin de sept ans.
Alors je t’ai regardé avec mes yeux éteints par la lassitude
Et mes épaules affaissées par l’indifférence que je t’inspirais.
Les tiens sont devenus soudainement tristes et humides,
Tu t’es approché timidement de moi en te confondant en excuses
Pour avoir oublié le rôle que je remplissais depuis ton existence.
Je t’ai pris dans mes bras et tu t’es agenouillé  abattu, te pressant
Contre mon ventre réanimé par ta chaleur jadis qui t’a servi d’alcôve
Et tu t’es mis à pleurer silencieusement.
Tu t’es rappelé soudainement du haut de ta carrure d’homme aguerri,
Courbé à présent comme une frêle créature contre moi,
En dépit de ton arrogance et de ton orgueil de mâle
Que tu avais été un enfant, un innocent, mon fils.

 Alexa Madrexx
Extrait du livre "Émotions contradictoires".








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