samedi 3 décembre 2016

Récit d'épouvante en exclusivité

Le témoin
 Par 
 Alexa Madrexx


Résumé

« Bien mal acquis ne profite jamais », proverbe français.

          Tijan, alias Jean Larochelle, va l’apprendre à ses dépends. Lorsqu’il devient le témoin oculaire d’un violent crime passionnel, Tijan est loin de se douter que le prix du silence que l’assassin le propose est en fait un pacte avec le diable. Basculé de plein fouet dans un univers qui n’est pas le sien, il profite autant qu’il peut de cette réalité qui ressemble davantage à un mirage dans sa vie de vanupieds. Par contre, il va comprendre assez vite qu’il n’est pas maître de son destin et ce bonheur idyllique miroité devant ses yeux incrédules n’est qu’éphémère.



                    P .S : cette histoire est une pure fiction, que ce soient les personnage ou le narrateur. C’est ma façon de relater ma nouvelle littéraire. Je trouve qu’ainsi son charme rehausse le suspens pour faire durer le plaisir. Bonne lecture!         
Alexa M.



Lexique
Cabri : mâle d’une chèvre domestique.
Hougan : prêtre vodou qui offre ses services moyennant de l’argent ou de biens en appelant des esprits mystiques.
Morne Calvaire : d’abord un morne, il abrite le quartier bourgeois dans les hauteurs dominant Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.
Pétion-Ville : commune de Port-au-Prince, grande métropole regroupant les quartiers d’affaires, considérée comme une ville très commerciale.
Port-au-princienne : adjectif découlant de l’arrondissement de Port-au-Prince, capitale d’Haïti dans les Antilles.

 Laissez-moi vous raconter une histoire, une histoire invraisemblable qui est à l’inverse des contes de fées et des contes de milles et une nuits. C’est une histoire que mes grands-parents ont l’habitude de me raconter pour faire mon éducation comme ils disaient. Cette idée leur est venue après que je me suis plainte du travail ardu que je devais accomplir pour devenir quelqu’un dans ce bout de terre, qualifiée autrefois la perle des Antilles, qui était devenu un bout de terre quelconque sur la carte du monde. En effet, je soutenais que les gens qui faisaient des coups bas pour devenir les maitres du monde arrivaient par tous les moyens à leurs fins au détriment de la masse faible. Mes aïeuls ont répliqué quand bien même certaines personnes prenaient des mauvais raccourcis dans la vie, ils finissent par payer les conséquences tôt ou tard. Ce récit qui m’a marqué au point d’en faire une nouvelle littéraire que j’ai bonifiée avec mon imagination débordante.

*

                 Tijan traversait d’un air absent le boisé sombre et lugubre dans le quartier malfamé proche de la place déserte du Bicentenaire qu’il trainait tout le temps. Il devait être pas loin de minuit. Il ne pouvait pas le savoir, il n’avait aucun moyen pour connaître le temps qu’il faisait ni l’heure qu’il était. La brise du soir de fin de mois de décembre sifflait dans ses oreilles, gelant ses orteils que ses vieilles bottées usées et trouées à divers endroits ne protégeaient pas. Les mains efflanquées enfouies dans ses poches percées de son pantalon multicolore car il était rapiécé de bouts de tissus dépareillés, il marchait sans aucun but précis. Ce n’était pas la première fois qu’il errait dans l’obscurité avec pour seule compagnie les oiseaux nocturnes, les chiens errants et les ombres malveillantes. C’était ainsi depuis sa naissance. Orphelin de père et de mère, il avait grandi à Port-au-Prince et avait été élevé par sa grand-mère frustrée et aigrie contre la vie; il avait connu tout sauf le bonheur. Pour y parvenir il avait tout essayé : Dieu, celui disait-on qui vivait dans les cieux, le hougan ou prêtre vodou qui à court d’idées et de sortilèges l’avait chassé de son péristile*, dévaliser une banque dans la capitale mais il s’était retrouvé en prison pour seize mois. Rien ne lui avait été jusqu’à présent d’aucun secours. Depuis combien de temps menait-il cette vie misérable? Au fait, quel âge avait-il au juste? Personne ne le savait, pas même lui d’ailleurs. Il était sans racines, pas d’acte de naissance notarié ni d’extraits d’archives. Il n’existait pas pour personne. Nul ne le remarquait : pas mêmes les chiens errants qui se dévoraient pour un os desséché qui le mordaient au passage puis continuaient leur chemin sans embuches, ni ces gens qui gesticulaient fébrilement en pleine conversation qui le heurtaient de plein fouet et s’avançaient sans se soucier de lui. Vous comprenez pourquoi j’insiste sur le fait qu’il n’existait pas? Cependant cette nuit-là, l’ambiance et le décor environnant étaient différents des autres nuits. La lune ronde argentée et nacrée éclairait son chemin, luisait les feuilles des arbres et portait une couronne d’étoiles. Tijan ne pressa pas le pas. Personne ne l’attendait et il était sans domicile fixe. Il prenait tout son temps pour admirer ce magnifique spectacle que lui offrait la nature qu’il n’avait pas la chance d’admirer tous les soirs. La vie diurne semblait se prolonger, profitant elle aussi de ce cadeau inespéré de la nature capricieuse. Soudainement, un cri strident retentit dans le boisé brisant par le fait même la magie de cette nuit qui se voulait mémorable. Le bruit se répéta  plusieurs fois mais il perdit de l’amplitude puis il mourut : c’était une voix féminine horrifiée transformée par la douleur ou l’horreur, ou même les deux, en cri de bête traquée. Sans savoir où il allait, Tijan courut vers la direction des cris. Dans sa course éperdue, il perdit ce qu’il lui restait de ses bottes et il ne sentit même pas les cailloux tranchant qui lui coupaient la plante des pieds au passage. Arrivé à proximité de l’endroit, le spectacle qui s’offrait à ses yeux lui coupa le souffle. Un grand homme noir aux mâchoires carrées avec une carrure athlétique était debout près le tronc d’un arbre à moitié déraciné, un cœur humain ensanglanté serré dans son poing gauche et un poignard noirci dans l’autre main. Un sourire narquois planait sur ses lèvres qui révélaient des dents blanches qui tranchaient sur la noirceur de sa peau d’ébène. Le corps d’une femme gisait à ses pieds dans une marre de sang qui se commençait à se figer et dégageait une odeur crue de chair fraîche découpée, d’autant plus que la poitrine du corps inerte était visiblement ouverte jusqu’au nombril. Stupéfié et terrorisé, Tijan voulut s’enfuir mais la peur amplifiée par l’horreur de la situation paralysait ses quatre membres, ses pieds refusaient de se plier à ses ordres. Il fut soudain secoué de tremblements nerveux qui attirèrent inopinément le regard de l’assassin vers sa direction. La tête remplie de ces images d’horreur et l’estomac remonté en boule dans sa poitrine où son cœur menaçait de cesser de battre faute d’aller plus vite, il prit ses jambes à son cou pour se fondre dans la verdure sombre du boisé. À peine quelques mètres franchis, il sentit un poids lourd s’abattre sur lui, le faisant tomber en lui bloquant ses membres inférieurs. Il pouvait à peine respirer car l’homme avec une aisance incroyable l’avait plaqué contre le sol terreux pour le maintenir fermement immobile. Sans retrouver aucune résistance, il le ramena sur la scène de crime. Lorsqu’il retourna Tijan vers lui, l’homme avait le regard dur, les sourcils froncés et semblait être très contrarié. Avec un simple mouvement des avant-bras, il réussit à le mettre debout en l’agrippant par le collet de sa chemise sale. Malgré ses couinements et ses larmes, il ne le ménagea pas.
-Que fais-tu ici? Aboya t-il.
     N’obtenant aucune réponse. Il martela sa question en créole. Tijan entrouvrit les lèvres pour répondre mais aucun son ne sortit. Alors l’homme le secoua comme un manguier duquel il voudrait faire tomber ses mangues. C’était à grande peine que le jeune homme tenta de ne pas vomir. Deux longues minutes s’écoulèrent durant lesquelles l’assassin le scrutait avec son regard acéré comme s’il tentait de sonder son âme.
-Je rentrais... chez... moi, balbutia t-il finalement dans la même langue.
     La réponse ne parut pas satisfaire son interlocuteur qui resserra son étreinte. Il ricana toujours en créole :
-Un simple coup d’œil suffit pour comprendre que tu es quelqu’un qui compte dormir à la belle étoile. Tu n’as aucun chez toi.
       Tijan, pris au dépourvu, baissa les yeux penauds.
-Étant donné que tu as vu la scène, tu es automatiquement devenu mon complice.
       Ignorant son regard horrifié, l’homme poursuit :
-Dans cette optique, il me parait juste que tu connaisses toute l’histoire. Tu vois cette femme? Demanda t-il en désignant le corps ensanglanté dans une marre de sang maintenant noirâtre. C’était ma maitresse : une belle femme je l’avoue mais sa langue était trop pendante. Tu parais surpris quand je parle d’elle en tant que maitresse. Je suis marié mon petit; je ne pouvais pas me permettre de la laisser compromettre mon mariage, surtout pas avec ma position sociale. Mais tu sais, une femme de ce genre devient insatiable et ne se contente pas de mots d’amour, de caresses ni d’argent. Avec elle, on ne sait plus à quel saint se vouer. Même Dieu ne vous écoute plus alors on choisit le camp adverse. Puis il arriva ce qui devait arriver : j’ai fait un pacte avec les ténèbres et pour le sceller, je devais faire un sacrifice humain. Elle en a fait les frais.
       Il prit une pause et semblait réfléchir. Tijan, les yeux rouges et exorbités, tremblait toujours comme une feuille. L’homme reprit en lui mettant la lame de couteau sous la gorge :
-Tu es élément gênant parce que tu as été témoin de la scène. Je ne peux pas modifier mon plan et te supprimer. Tiens, ajouta t-il en lui remettant un énorme trousseau de clé. Ce sont les clefs de ma maison à Morne Calvaire*, dans les vallées après Pétion-Ville. Tu y trouveras tout ce dont tu as toujours rêvé. La moitié de mes biens se retrouve là-bas. Ne t’inquiète pas car tu n’es pas prêt de me revoir. Profites-en largement car tout est éphémère mon ami,
     Sur ces mots, il le relâcha puis s’engouffra dans les bois avec le corps mutilé qu’il avait pris soin d’envelopper dans une bâche.


 À SUIVRE...





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