mardi 1 novembre 2016

Extrait de ma nouvelle littéraire "LE TÉMOIN"

           Tijan traversait d’un air absent le boisé sombre et lugubre dans le quartier malfamé proche de la place déserte du Bicentenaire qu’il trainait tout le temps. Il devait être pas loin de minuit. Il ne pouvait pas le savoir, il n’avait aucun moyen pour connaître le temps qu’il faisait ni l’heure qu’il était. La brise du soir de fin de mois de décembre sifflait dans ses oreilles, gelant ses orteils que ses vieilles bottées usées et trouées à divers endroits ne protégeaient pas. Les mains efflanquées enfouies dans ses poches percées de son pantalon multicolore car il était rapiécé de bouts de tissus dépareillés, il marchait sans aucun but précis. Ce n’était pas la première fois qu’il errait dans l’obscurité avec pour seule compagnie les oiseaux nocturnes, les chiens errants et les ombres malveillantes. C’était ainsi depuis sa naissance. Orphelin de père et de mère, il avait grandi à Port-au-Prince et avait été élevé par sa grand-mère frustrée et aigrie contre la vie; il avait connu tout sauf le bonheur. Pour y parvenir il avait tout essayé : Dieu, celui disait-on qui vivait dans les cieux, le hougan ou prêtre vodou qui à court d’idées et de sortilèges l’avait chassé de son péristile*, dévaliser une banque dans la capitale mais il s’était retrouvé en prison pour seize mois. Rien ne lui avait été jusqu’à présent d’aucun secours. Depuis combien de temps menait-il cette vie misérable? Au fait, quel âge avait-il au juste? Personne ne le savait, pas même lui d’ailleurs. Il était sans racines, pas d’acte de naissance notarié ni d’extraits d’archives. Il n’existait pas pour personne. Nul ne le remarquait : pas mêmes les chiens errants qui se dévoraient pour un os desséché qui le mordaient au passage puis continuaient leur chemin sans embuches, ni ces gens qui gesticulaient fébrilement en pleine conversation qui le heurtaient de plein fouet et s’avançaient sans se soucier de lui. Vous comprenez pourquoi j’insiste sur le fait qu’il n’existait pas? Cependant cette nuit-là, l’ambiance et le décor environnant étaient différents des autres nuits. La lune ronde argentée et nacrée éclairait son chemin, luisait les feuilles des arbres et portait une couronne d’étoiles. Tijan ne pressa pas le pas. Personne ne l’attendait et il était sans domicile fixe. Il prenait tout son temps pour admirer ce magnifique spectacle que lui offrait la nature qu’il n’avait pas la chance d’admirer tous les soirs. La vie diurne semblait se prolonger, profitant elle aussi de ce cadeau inespéré de la nature capricieuse. Soudainement, un cri strident retentit dans le boisé brisant par le fait même la magie de cette nuit qui se voulait mémorable. Le bruit se répéta  plusieurs fois mais il perdit de l’amplitude puis il mourut : c’était une voix féminine horrifiée transformée par la douleur ou l’horreur, ou même les deux, en cri de bête traquée....

       LE TÉMOIN EN VENTE EN FORMAT EBOOK SUR AMAZON: LIEN DISPONIBLE SUR LE CÔTÉ DROIT DE CE BLOG. BONNE LECTURE!
Alexa  Madrexx

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Votre opinion est importante pour moi. Je vous invite à me faire de vos impressions sur mes textes. Il me fera plaisir d'en parler avec vous.

Nature surprenante

      Je vous ai dit à quel point j'adore la nature; plus encore, j'admire le talent du photographe qui a capté la magie de cette m...